יהודי מצרים ומאבק העצמאות (צר')

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Convention : [?] = lecture incertaine ; [illisible] = passage non déchiffré. Les retours à la ligne suivent autant que possible les lignes manuscrites. Les deux images portant le numéro 10 sont transcrites séparément. ==================== PAGE 7 ==================== ne s'en rendent pas compte. Ils croient qu'ils vont toujours avoir affaire à des "Fellahin" les américains ne sauraient pas être plus clairvoyants : Theodore Roosevelt vint en Egypte en 1912, et dans un discours politique, il annonça aux Egyptiens que deux cents ans leur seraient nécessaires pour parvenir à l'indépendance. La réaction de son auditoire fut extrêmement vive : bombardé de tomates par les étudiants, incapable de placer un mot dans la discussion qui suivit sa déclaration. Roosevelt se retira, et quitta le pays dès le lendemain. Après le décès de Moustapha Kamel en 1908, son frère Ali lui succéda, avec Daoud Haza à ses côtés. Daoud Hazan, fils d'Elie Hazan, Grand Rabbin d'Alexandrie et spécialiste du Talmud était avocat à la cour d'appel mixte d'Alexandrie. Il était aussi officier de l'armée ottomane et était fier lorsque l'empire ottoman entra en guerre aux côtés de l'Allemagne en 1914, la nouvelle lui parvint à la Caire où il plaidait. Il éclata de joie, et emporté par sa fougue nationaliste et sa haine de l'occupant, il tint des propos anti-britanniques fort séditieux : il fut arrêté et une cour martiale britannique le condamna à la peine capitale. L'intervention de personnalités importantes le sauva et il fut bientôt relâché. La violence de ses propos avait été nourrie par son nationalisme égyptien et sa haine de l'occupant. L'attitude de Saad Zaghloul Pacha à l'égard de l'implantation d'un "foyer national juif" en Palestine à la conférence de la Paix qui suivit la première guerre mondiale, où la Société des Nations entérina la Déclaration Balfour. A cette époque, le mouvement nationaliste en Egypte était de caractère purement égyptien, sans tendance aucune au pan-arabisme et aspirait seulement à la création d'un état uni au Soudan. Zaghloul Pacha, large d'esprit, conscient de l'importance d'une collaboration avec l'étranger, et n'ayant en vue que l'intérêt de son pays, était favorable à la fondation d'un foyer national juif en Palestine. Il voyait dans l'existence d'un tel foyer un avantage pour l'Egypte : il était convaincu qu'une amitié et une collaboration judéo-égyptienne pouvait exister et contribuer favorablement au développement de son pays ; il pensait d'autre part, pouvoir ainsi obtenir l'appui des juifs du monde entier, des Etats-Unis ==================== PAGE 8 ==================== en particulier ; cet appui pouvait l'aider à obtenir l'indépendance de l'Egypte. La presse de l'époque développe ce thème. Les anciens de ce temps s'en souviennent encore. Le seul conseiller politique et juridique de culture européenne très proche de Zaghloul Pacha était le juif Léon Castro, célèbre avocat, président de l'Organisation sioniste du Caire et représentant de l'Agence juive en Egypte. Castro était également un journaliste de grand talent ; les éditoriaux qu'il publiait dans son journal "La Liberté" en faveur de l'indépendance de l'Egypte, mettaient en fureur les autorités britanniques, jusqu'au jour où elles le sommèrent de cesser d'écrire, sous peine d'être interné. Léon Castro était de plus président de la Grande Loge d'Orient des Béné Brit au Caire, qui englobait toute la partie orientale du bassin méditerranéen. Lorsqu'en 1948, à la suite de la première guerre israélo-arabe, tous les juifs suspects de sionisme furent arrêtés et internés, seul Léon Castro ne fut pas inquiété. Il est vrai qu'à cette époque, Nokrachi Pacha, wafdiste de la première heure et ancien compagnon de lutte de Zaghloul Pacha, présidait le conseil des ministres. Il ne pouvait oublier la contribution de Castro à la lutte pour l'indépendance du pays. Pourtant, le nationalisme égyptien de 1948 au caractère interarabe fortement marqué, était déjà bien différent du nationalisme de 1920. Par ailleurs, le nationalisme égyptien, pas plus que le nationalisme arabe à ses débuts, ne s'opposait au nationalisme juif, son contemporain. Au contraire, il existait entre ces deux mouvements nationaux une sympathie réciproque et même une certaine solidarité. Plusieurs juifs éminents se rallièrent au mouvement national animé par Zaghloul Pacha. Il faut souligner que tous les juifs résidant en Egypte n'étaient pas pour autant Egyptiens. Ceux qui appartenaient aux colonies européennes et comme leurs compatriotes, étaient indifférents au nationalisme égyptien ; alors que les juifs égyptiens, ou les juifs originaires d'Afrique du nord, de l'empire ottoman et du Proche-Orient, étaient de tout cœur aux côtés de leurs concitoyens égyptiens. Des dirigeants juifs égyptiens prirent part active à la lutte nationale. Youssef Aslan Cattaui Pacha : président de la communauté juive du Caire, sans appartenir à aucun parti politique, a considérablement servi son pays. Rares sont les Egyptiens qui ont fait autant que Youssef Aslan Cattaui Pacha pour leur patrie, tant dans le domaine politique que dans le domaine économique. Député ==================== PAGE 9 ==================== puis sénateur, il fut plusieurs fois ministre, président de la délégation égyptienne à un congrès parlementaire international, etc... Elian J. Finbert, écrivain français, ancien patriote égyptien juif, né en Palestine, milita dans la lutte de Zaghloul Pacha pour l'indépendance du pays. Finbert mit au service de ce combat, sa plume au style incisif, exaltant le patriotisme égyptien et son leader Zaghloul Pacha, auquel l'attachaient des liens tissés d'admiration, de dévouement et d'amitié. Finbert dédia à Zaghloul Pacha un roman "Hussein", à la gloire de la révolte de l'Egypte contre l'occupation anglaise en 1921; les Britanniques tentèrent de retirer le roman de la circulation en en achetant tous les exemplaires disponibles, mais cela ne fit qu'amener les éditeurs (Grasset) à rééditer l'ouvrage. Finbert fit tant et si bien dans sa lutte contre les Britanniques, que ceux-ci, excédés, finirent par l'expulser d'Egypte ; il ne put y revenir qu'en 1932 pour revoir sa mère une dernière fois. Léon Castro, avocat, président de l'organisation sioniste du Caire, représentant de l'Agence juive en Egypte, à l'avant-garde du combat pour l'indépendance, fonda un quotidien de langue française, "La Liberté", dans lequel il publiait des éditoriaux ardents qui exaltaient le patriotisme égyptien et soulevaient des échos jusqu'à l'étranger. Conseiller de Zaghloul Pacha, il était son porte parole en langue française. Menacé d'internement par les Britanniques, il dut mettre un terme à ses activités journalistiques. Félix Benzaken, né à Tanta en 1895, fit une longue carrière d'avocat. 45 ans au barreau national et au barreau mixte. Il fut l'un des avocats admis à exercer devant la cour de Cassation nationale lors de sa fondation, en 1934. Son sionisme ne l'empêcha pas d'être un patriote égyptien sincère, et de prendre part, dans les rangs du Wafd, à la lutte contre l'occupation britannique et le régime anti-démocratique qu'il soutenait. Juge assesseur au tribunal rabbinique d'Alexandrie, et avocat conseil de la communauté juive de cette ville, il s'employa avec succès à faire admettre par les juridictions séculières et par l'administration, l'existence légale des juridictions rabbiniques et, partant, la validité de leurs décisions. A cet effet, il fit valoir les principes mêmes du Coran, et la fameuse proclamation faite par Amr-Ibn-El- Ass lors de la conquête de l'Egypte en 663, et par laquelle il s'engagea à respecter l'indépendance juridique des communautés religieuses. ==================== PAGE 10 — VERSION A ==================== puis sénateur, il fut plusieurs fois ministre, président de la délégation égyptienne à un congrès parlementaire international etc... Elian J. Finbert, écrivain français, ancien patriote égyptien juif né en Palestine, milita dans la lutte conduite par Zaghloul Pacha pour l'indépendance du pays. Finbert mit au service de ce combat sa plume au style incisif, exaltant le patriotisme égyptien et son leader Zaghloul Pacha, auquel l'attachaient des liens tissés d'admiration, de dévouement et d'amitié. Finbert dédia à Zaghloul Pacha un roman "Hussein", à la gloire de la révolte de l'Egypte contre l'occupation anglaise en 1921 ; les Britanniques tentèrent de retirer ce roman de la circulation en en achetant tous les exemplaires disponibles, mais cela ne fit qu'amener les éditeurs (Grasset) à rééditer l'ouvrage. Finbert fit tant et si bien dans sa lutte contre les Britanniques que ceux-ci, excédés finirent par l'expulser d'Egypte ; il ne put y revenir qu'en 1932 pour revoir sa mère une dernière fois. Léon Castro, avocat, déjà mentionné, président de l'organisation sioniste du Caire représentant de l'Agence juive en Egypte, à l'avant garde du combat pour l'indépendance, fonda un quotidien de langue française "La Liberté" dans lequel il publiait des éditoriaux ardents qui exaltaient le patriotisme égyptien et soulevaient des échos jusqu'à l'étranger. Conseiller de Zaghloul Pacha, il était son porte-parole en langue française. Menacé d'internement par les Britanniques, il dut mettre un terme à ses activités journalistiques. Félix Benzaken, né à Tanta en 1895, fit une longue carrière d'avocat — 45 ans au barreau national et au barreau mixte. Il fut l'un des rares avocats admis à exercer devant la Cour de Cassation nationale lors de sa fondation, en 1934. Son sionisme ardent ne l'empêcha pas d'être un patriote égyptien sincère et de prendre part, dans les rangs du Wafd, à la lutte contre l'occupation britannique et le régime anti-démocratique qu'elle soutenait. Juge assesseur au tribunal rabbinique d'Alexandrie et avocat conseil de la communauté juive de cette ville, il s'employa avec succès à faire admettre par les juridictions séculières et par l'administration, l'existence légale des juridictions rabbiniques et, partant la validité de leurs décisions. A cet effet, il fit valoir les principes mêmes du Coran et la fameuse proclamation faite par Amr Ibn-el-Ass lors de la conquête de l'Egypte en 663 et par laquelle il s'engagea à respecter l'indépendance juridique des communautés religieuses. ==================== PAGE 10 — VERSION B ==================== Félix Benzaken plaida dans la plupart des affaires politiques impliquant des coreligionnaires. Il faut surtout rappeler celle où il défendit un groupe de jeunes élèves des écoles juives d'Alexandrie, jugés pour avoir pris l'habitude de se rendre aux abords du Consulat d'Allemagne afin d'insulter le consul au passage de sa voiture et d'outrager le fanion hitlérien. Ils furent tous acquittés. De même, Félix Benzaken plaida pour un journal juif, Maurice Fargeon, accusé d'avoir écrit de la mère d'Hitler, dans une biographie de celui-ci, qu'elle se livrait à la prostitution. Fargeon condamné en premier ressort à une peine de trois mois de prison, Fargeon fit appel et vit sa peine réduite à une simple amende ; ce qui ne manqua pas de provoquer toutefois la protestation du gouvernement allemand. Pendant la guerre israélo-arabe de 1948, Félix Benzaken fit annuler par la Cour de Cassation la décision de la Cour d'Assise d'Alexandrie qui avait condamné à trois ans de prison un jeune juif accusé d'avoir piétiné publiquement le portrait de Farouk et ceux des autres rois arabes. Ce jeune homme fut acquitté. Maître Benzaken était très populaire dans les milieux arabes qui le tenaient en haute estime, en particulier depuis le jour où, grâce à une énergique intervention auprès de Lloyd George, Premier ministre de Grande-Bretagne, il avait réussi à faire commuer la peine de mort infligée par un Tribunal militaire britannique à un adolescent égyptien de seize ans. En 1932, le gouvernement de Sidky Pacha, hostile au Wafd et acquis à la Grande- Bretagne, fit arrêter pour fomentation de troubles les deux dirigeants wafdistes d'Alexandrie et anciens ministres : Abdel Fattah el Tawil Pacha, et Badr Bey ; Maître Benzaken fut l'un des 3 avocats désignés par le Barreau d'Alexandrie qui les défendirent et obtinrent leur libération. Président de l'association sioniste révisionniste à Alexandrie, il organisa la réception grandiose donnée au théâtre de l'Alhambra en l'honneur de Jabotinsky, en visite dans cette ville. Il fonda, en collaboration avec Jacques Rabin, l'hebdomadaire juif "La Tribune Juive", les éditoriaux qu'il publia dans ce journal lui valurent une large audience. Félix Benzaken ne fut pas inquiété en 1948 ; mais lors de la crise de Suez en 1956 il fut ==================== PAGE 11 ==================== arrêté en raison de ses activités sionistes. Sommé de quitter l'Egypte, il dut sa libération à l'intervention du Grand Rabbin Nahoum Effendi. Il resta en Egypte quatre années encore, exerçant son influence pour défendre ses coreligionnaires frappés injustement par le fisc ou la police politique. A la fin de l'année 1960, convaincu que l'Egypte, sous l'égide de son dirigeant Nasser, versait dans la pire des démagogies, il quitta le cœur ulcéré son pays natal et ses compatriotes qu'il avait tant aimés, pour aller vivre auprès de son fils unique, médecin aux Etats Unis. Antisémitisme naissant et lois discriminatoires La guerre terminée, la propagande antisémite reprit de plus belle et le gouvernement Egyptien décréta des lois destinées à renforcer le caractère uni-national du pays. Une loi sur la nationalité égyptienne existait depuis 1929. Elle avait privé de leur nationalité de nombreux juifs et chrétiens, mais sans porter atteinte pour autant à leur activité professionnelle. C'est en vertu de cette loi que de nombreux juifs nés en Egypte et dont la famille y vivait depuis une ou plusieurs générations, s'étaient trouvés brutalement considérés comme des étrangers, des apatrides. Mais après la guerre mondiale, une nouvelle loi fut publiée qui faisait obligation aux administrations et entreprises privées de limiter leur personnel étranger à un quota très réduit afin de libérer des emplois pour les "véritables" Egyptiens. Dans ces secteurs, les employés juifs étaient particulièrement nombreux et, du jour au lendemain, ils se virent licenciés et dépouillés de leurs moyens de subsistance. Ce fut une tragédie pour beaucoup, et notamment pour ceux qui avaient charge de famille. Pour tous ceux-là il n'y avait d'autre solution que l'émigration. Les plus défavorisés reçurent une aide de la communauté juive pour se rendre à Marseille, à raison de deux livres par personne. Cette aide fut interprétée par le gouvernement égyptien comme un encouragement à l'émigration juive en Palestine, et une lettre de reproche en ce sens, signée par le sous-secrétaire d'Etat à l'Intérieur, fut adressée au conseil de la communauté israélite du Caire. Monsieur X, membre du conseil communautaire et qui connaissait personnellement le sous-secrétaire d'Etat auteur de la lettre, lui rendit visite pour s'expliquer. Le haut fonctionnaire le reçut sans délai, bien qu'il se trouvât en conférence avec deux personnes, dont l'une n'était que le fameux Hadj Amin El Husseini, ancien mufti de Jérusalem. Le sous-secrétaire d'Etat leur présenta Monsieur X ==================== PAGE 12 ==================== arrêté en raison de ses activités sionistes. Sommé de quitter l'Egypte, il dut sa libération à l'intervention du Grand Rabbin Nahoum Effendi. Il resta en Egypte quatre années encore, exerçant son influence pour défendre ses coreligionnaires frappés injustement par le fisc ou la police politique. A la fin de l'année 1960, convaincu que l'Egypte, sous l'égide de son dirigeant Nasser, versait dans la pire des démagogies, il quitta le cœur ulcéré, son pays natal et ses compatriotes qu'il avait tant aimés, pour aller vivre auprès de son fils unique, médecin aux Etats-Unis. Antisémitisme naissant et lois discriminatoires La guerre terminée, la propagande antisémite reprit de plus belle et le gouvernement égyptien décréta des lois destinées à renforcer le caractère uni-national du pays. Une loi sur la nationalité égyptienne existait depuis 1929. Elle avait privé de leur nationalité de nombreux juifs et chrétiens, mais sans porter atteinte pour autant à leur activité professionnelle. C'est en vertu de cette loi que de nombreux juifs nés en Egypte et dont la famille y vivait depuis une ou plusieurs générations, s'étaient trouvés brutalement considérés comme des étrangers, des apatrides. Mais après la guerre mondiale, une nouvelle loi fut publiée qui faisait obligation aux administrations et entreprises privées de limiter leur personnel étranger à un quota très réduit afin de libérer des emplois pour les "véritables" Egyptiens. Dans ces secteurs, les employés juifs étaient particulièrement nombreux et, du jour au lendemain, ils se virent licenciés et donc privés de leurs moyens de subsistance. Ce fut une tragédie pour beaucoup, et notamment pour ceux qui avaient charge de famille. Pour tous ceux-là il n'y avait d'autre solution que l'émigration. Les plus défavorisés reçurent une aide de la communauté juive pour se rendre à Marseille, à raison de deux livres par personne. Cette aide fut interprétée par le gouvernement égyptien comme un encouragement à l'émigration juive en Palestine, et une lettre de reproche en ce sens, signée par le sous-secrétaire d'Etat à l'Intérieur, fut adressée au conseil de la communauté israélite du Caire. Monsieur X, membre du conseil communautaire et qui connaissait personnellement le sous-secrétaire d'Etat auteur de la lettre, lui rendit visite pour s'expliquer. Le haut fonctionnaire le reçut sans délai bien qu'il se trouvât en conférence avec deux personnes, dont l'une n'était que le fameux Hadj Amin El Husseini, ancien Mufti de Jérusalem. Le sous-secrétaire d'Etat leur présenta Monsieur X ==================== PAGE 13 ==================== comme un visiteur européen si bien qu'il fut assister à la suite de l'entretien. Quelle ne fut pas sa stupéfaction d'entendre El-Husseini suggérer la promulgation d'une loi obligeant les juifs à porter, tout comme dans l'Allemagne de Hitler, un brassard jaune marqué de l'étoile de David. Après le départ de ces insolites visiteurs, le sous-secrétaire d'Etat regarda Monsieur X en souriant et lui dit : "Vous avez entendu ce que demandent ces chiens ?" Sans s'attarder sur ce sujet, monsieur X exposa l'objet de sa visite, justifiant l'aide apportée par la communauté israélite aux émigrants juifs pour leur voyage jusqu'à Marseille, son montant et les conditions de son obtention. A partir de Marseille, les émigrants étaient maîtres de leur sort et pouvaient poursuivre le voyage où bon leur semblait sans que le Conseil communautaire puisse intervenir. Certains se rendaient en Palestine, d'autres avaient des contrats directs ou ils avaient parents ou amis. Monsieur X mit alors l'accent sur l'essentiel : la promulgation de la loi sur le travail avait fait de ces hommes des chômeurs désespérés susceptibles de menacer l'ordre public. En conclusion, Monsieur X demanda au sous-secrétaire d'Etat le retrait de la lettre de blâme adressée à la communauté israélite. Le premier ministre Ismaïl Sedki Pacha, un des hommes d'Etat les plus connus d'Egypte, remarquable par sa largeur d'esprit, donna dans l'heure un seul instant ordre de transmettre à la communauté israélite une lettre annulant la première et lui exprimant les félicitations du Gouvernement égyptien pour avoir agi dans l'intérêt du pays. L'évolution de l'état d'esprit des Egyptiens à l'égard des juifs : la qualité des rapports fut d'abord excellente, puis ceux-ci se détériorèrent pour aboutir finalement à un renversement total et à un antisémitisme virulent dans ses manifestations les plus odieuses. L'Angleterre et la dégradation de la situation des juifs en Egypte La situation des juifs en Egypte se dégrada durant l'occupation du pays par les Britanniques et leur mandat sur la Palestine. Leur situation alla de mal en pis à cause des troubles en Palestine entre juifs et Arabes et ainsi agissements de la politique coloniale britannique ; ces deux facteurs étaient fortement liés. L'administration britannique anti-juifs de Palestine entretenait d'étroites relations avec l'administration britannique en Egypte. Les fonctionnaires en place dans les deux pays partageaient les mêmes vues et les mêmes convictions quant aux intérêts de la Grande-Bretagne dans cette région du monde et considéraient qu'il fallait appliquer l'adage traditionnel : diviser pour régner. Ce n'est point le nationalisme qui, en Egypte, a créé ou cherché à créer une hostilité envers le sionisme et, par répercussion, envers les juifs d'Egypte. Ce ne sont ni le sionisme ni l'immigration en Palestine du temps du ==================== PAGE 14 ==================== Mandat, ni le conflit armé israélo-arabe, ni les ambitions de Nasser qui sont seuls provoqué la détérioration de la situation des juifs en Egypte ; certes, ce sont des facteurs indéniables étroitement liés les uns aux autres, mais ils ne découlent eux-mêmes, que d'autres raisons moins apparentes mais beaucoup plus profondes, dont l'origine remonte à plus de cinquante ans. La Grande-Bretagne fut la première puissance à jouer un rôle prédominant au Proche- Orient ; l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste tentèrent de lui succéder. Puis ce fut le tour de l'Union Soviétique et des Etats-Unis. Ces puissances se livrèrent à une lutte pour l'hégémonie dans la région, pour le triomphe de leurs idéologies respectives et surtout pour gagner le pétrole. Depuis que le pétrole des pays arabes a acquis l'importance que l'on sait il est devenu en effet l'un des facteurs fondamentaux du conflit israélo-arabe. Si bien que l'on entend dire couramment que s'il n'y avait pas eu de pétrole au Proche Orient il n'y aurait jamais eu de problème israélo-arabe. La lutte contre l'occupation britannique Après la première guerre mondiale, l'Egypte, dans un sursaut de nationalisme, entre en lutte contre l'occupation britannique. Ce fut une explosion patriotique généralisée, entraînant toutes les catégories de la population : étudiants, ouvriers, paysans, fonctionnaires, médecins, avocats, professeurs, magistrats, et surtout, non moins ferventes, les femmes (pour la première fois on a pu Voir des Egyptiennes musulmanes manifester dans la rue) ; les juifs ne furent pas absents dans cette lutte, bien au contraire ; des juifs éminents s'y sont illustrés. A l'époque de Zaghloul Pacha, par quelque pluie étaient de fortes, les manifestations, même lorsque les soldats britanniques chargés de disperser les manifestants tiraient sur la foule. Durant des dizaines d'années, de jeunes intellectuels luttèrent pour libérer leur pays du régime féodal et de l'occupation britannique. Certains sont entrés dans l'histoire : Orabi Pacha, Abou Nadara (juif), cheikh El Afghani, cheikh Mohamed Abdo, Moustapha Kamel, Daoud Hazan (juif), d'autres encore. Mais c'est seulement en 1918 que la lutte pour l'indépendance atteint une dimension véritablement populaire et prend une vigueur nouvelle sous la direction d'un grand tribun au verbe enflammé : Zaghloul Pacha. Les juifs d'Egypte et le conflit israélo-égyptien La bonne entente entre juifs et Egyptiens aurait pu se maintenir sans l'influence des événements en Palestine et leur exploitation systématique. ==================== PAGE 15 ==================== La plus grande part de responsabilité incombait aux puissances étrangères, lesquelles ayant la militarisation du conflit israélo-arabe. Par leurs manœuvres et leur propagande, elles creusèrent en Palestine un abîme entre Juifs et Arabes dans le seul but de sauvegarder leur hégémonie, leurs possibilités d'expansion et, bien entendu, leurs intérêts pétroliers. La Grande-Bretagne mandataire, par le truchement de ses fonctionnaires en Palestine et au Colonial Office, à leur tête le général Stores, gouverneur de Jérusalem, œuvra à diviser, malgré la Déclaration Balfour, Juifs et Arabes pour conserver la haute main sur le pays. Ce sont ces manœuvres britanniques qui provoquèrent les premiers troubles et les violences anti-juives en Palestine. Ces événements furent alors l'objet d'une campagne, qui n'allait pas épargner l'Egypte seraient les premiers ferments de la haine anti-juive alors que ces pays étaient en pleine effervescence nationaliste. Cette haine sera finalement le résultat de la propagande antisémite diffusée dans l'entre-deux- guerres par les Anglais d'une part, puis par les nazis installés en Egypte et par la radio de Berlin depuis la guerre. Elle fut aussi en partie la conséquence du fanatisme religieux des Frères Musulmans. De 1933 à septembre 1939 les nazis installés au Caire furent réellement un important travail de sape qui couvrait tout le Proche-Orient. Leur siège disposait de fonds considérables et d'un personnel qualifié venu de Berlin. A cette époque, l'Egypte, en lutte contre l'Angleterre, présentait un terrain favorable à la propagande nazie. En fait, tout ennemi de l'Angleterre devenait automatiquement un ami aux yeux des Egyptiens. Cet état d'esprit permit à la propagande nazie de gagner la majorité des journaux arabes, les étudiants, les cadres de l'armée, certains hommes d'Etat, des oulémas, et bien entendu, la masse du peuple. La guerre vint mettre fin un terme à cette propagande ; la lutte pour l'indépendance, un moment ralentie, reprit avec vigueur dès la fin des hostilités. Elle allait aboutir à l'indépendance complète du pays, puis à la chute de la monarchie, à l'avènement sous les auspices les plus prometteurs, d'un régime militaire révolutionnaire conduit par Naguib, pour en arriver à la dictature nassérienne. Mais n'anticipons pas : la guerre mondiale qui avait mis fin à la propagande nazie ne fut pas pour pour autant la propagande anti-juive. En effet les thèmes principaux de cette propagande furent repris par les Anglais en lutte aux attaques des juifs en Palestine, d'une part, et des nationalistes égyptiens devenus anti-juifs qui avaient repris le combat avec vigueur contre l'Angleterre d'autre part. L'antijudaïsme des Anglais était, plutôt qu'un véritable antisémitisme, un habile effort du peuple égyptien pour tourner ==================== PAGE 16 ==================== contre les juifs son animosité anti-britannique. Le fanatisme exacerbé du parti politico-religieux des "Frères Musulmans" pesa, lui aussi lourdement dans la balance ; ce parti, né en Palestine, conduit par le mufti de Jérusalem, gagna rapidement l'homme de la rue en Egypte. Quand le parti des "Frères Musulmans" fut dissout et ses biens confisqués par le Premier Ministre Nokrachi Pacha, ce dernier paya de sa vie cette audace. Ce fut un jeune avocat, Ahmed Hussein, qui chercha avec ses "chemises Vertes" — groupe paramilitaire — à en prendre la relève. En janvier 1952, un incendie dont les causes ne furent jamais établies officiellement (on parle vaguement de "terreur communiste") visait particulièrement les juifs fortunés et les Anglais ravageant, au Caire, des immeubles et des magasins appartenant à des juifs. Ces établissements avaient été marqués préalablement. Le règne de Farouk Farouk n'avait que seize ans lorsqu'il fut appelé à prendre la succession de son père. Il revint de Londres où il étudiait depuis un an. L'intronisation du jeune roi fut fêtée dans l'allégresse. Le peuple espérait l'avènement d'une ère de liberté, de démocratie et de prospérité. Malheureusement, la population ne tarda pas à déchanter. Les grandes faiblesses du roi étaient sa jeunesse, et surtout son inexpérience, largement exploitée par son entourage. [note hébraïque] Il se vit rapidement entouré d'une nuée de courtisans qui, soucieux de gagner ses bonnes grâces et de remplir leurs coffres-forts, flattaient ses penchants naturels et l'encourageaient à satisfaire ses moindres désirs même les plus charnels ; cependant qu'en matière politique, ils lui donnaient goût du pouvoir autocratique. En politique, il disposait pratiquement de tous les pouvoirs. Il se débarrassait de ses ministres selon son humeur. Il devint finalement très impopulaire et s'attira la colère de l'armée lorsqu'il fit assassiner un jeune officier pour lui ravir sa femme. Tous ces éléments expliquent le succès facile remporté par les officiers révolutionnaires qui firent abdiquer Farouk. Vis-à-vis des juifs, la politique de Farouk fut fortement influencée par son entourage qui, composé de nombreux courtisans d'origine libanaise ou syrienne, était hostile aux juifs. Farouk était en 1948 partisan de la guerre contre Israël, malgré les avis d'hommes d'Etat chevronnés, tel Ismaïl Sedki Pacha, ancien Premier Ministre. Farouk était certain du succès de l'armée égyptienne et pensait qu'une victoire lui donnerait un prestige incontestable. Mais ==================== PAGE 17 ==================== avant le déclenchement des hostilités, il avait déclaré que la vie et les biens des juifs en Egypte seraient protégés. En 1948, c'est lui en personne qui donna le signal de l'attaque contre Israël sous le sceau de l'avis de ses ministres. Quand la situation évolua au détriment des Arabes et en tout premier lieu des Egyptiens, la promesse de protéger les juifs d'Egypte faite par Farouk fut bien vite oubliée. Le premier ministre Nokrachi Pacha dirigea la rafle contre les juifs d'Egypte et promulgua un décret qui les obligeait à abandonner immédiatement les logements situés dans les quartiers voisins des bureaux de la Ligue Arabe qui, à l'époque, étaient installés au centre d'un quartier résidentiel assez bourgeois. Plusieurs familles se trouvèrent ainsi sans logis du jour au lendemain, sans savoir où aller. Le décret fut discrètement rapporté après l'intervention du nonce apostolique. Toutefois l'amertume et la colère du public égyptien furent d'autant plus fortes que la certitude de la victoire avait été grande. En compensation, la foule tourna sa haine contre les juifs égyptiens. Les plus zélés furent les "Frères Musulmans". Ce fut pour les juifs d'Egypte le commencement d'une période très sombre durant laquelle les "Frères Musulmans" réussirent presque à transformer la personnalité du peuple égyptien en l'incitant à la violence, au fanatisme et à l'oppression par une vision pan-islamique d'imbécillité. Avant les hostilités, les "Frères Musulmans" avaient déjà levé une armée pour prendre part à l'invasion de la Palestine. Leurs délégués rendaient visite et demandaient une contribution pécuniaire à toutes sortes de gens, même à des juifs. Si l'un d'eux refusait d'obtempérer, ils le menaçaient de transmettre son refus au Chahab el-Banna, une sorte de Raspoutine universellement craint en Egypte. Les "Frères Musulmans" réagirent très violemment à la nouvelle de la défaite des armées arabes. Ils incendièrent et pillèrent des magasins juifs. Ils lynchèrent un couple de touristes américains. Un professeur de gymnastique français, surpris dans une grande artère du Caire fut littéralement mis en pièces. En 1952, alors que l'incendie faisait rage au Caire dévorant, entre autres, le fameux Shepherds Hotel, Farouk recevait à déjeuner les officiers de l'armée égyptienne. Contre qui cet incendie était-il dirigé, sinon contre les Anglais d'abord et contre les juifs ensuite, à l'instigation de Ahmed Hussein, le chef des chemises Vertes qui avait fait ses classes chez Hitler (Ahmed Hussein échappa de justesse à une condamnation à mort grâce à l'arrivée de Nasser au pouvoir) ==================== PAGE 18 ==================== [?] fut démis de ses fonctions par Farouk, céda la place à Ali Maher Pacha qui indemnisa les victimes juives dans leur majorité. La révolution des officiers de 1952 La révolution des officiers qui mit fin au règne de Farouk, fit naître un grand espoir dans le pays, et particulièrement au sein de la population juive. Durant plus de trente jours, on ne parla que de Naguib et l'on se demandait qui étaient les autres officiers. Lorsque leur photo fut enfin publiée, on eut la surprise de constater qu'ils étaient de jeunes officiers totalement inconnus, y compris le colonel Nasser qui était, en fait, le véritable moteur de la révolution. Naguib eut à coeur de témoigner, à différentes occasions, l'estime dans laquelle il tenait les juifs ; il visita les institutions communautaires, des écoles, des hôpitaux et des synagogues, tant au Caire qu'à Alexandrie. En 1952, il fit acte de présence à la grande synagogue du Caire pour la fête de Kippour. Lors de sa visite à l'hôpital d'Alexandrie, il fut accueilli par l'avocat Félix Benzaken porte-parole du conseil communautaire. Tant que Naguib fut à la tête du pays, Juifs et Musulmans fraternisèrent. Il ne passait pas de jour sans que naisse une nouvelle entreprise industrielle ou commerciale financée par des juifs, qui ne manquaient d'y intéresser leurs compatriotes musulmans. Naguib éliminé, Nasser trouva dans le conflit arabo-israélien un moyen d'unifier les nations arabes sous son égide, en se posant comme le leader de la guerre sainte contre Israël. Hitler avait trouvé dans l'antisémitisme un moyen de polariser vers lui tous les Allemands et les antisémites dans le monde pour semer la subversion dans leur propre pays. Sur le même modèle, Nasser pensa que la destruction d'Israël, qu'il prenait presqu'exclusivement à son compte, pourrait susciter un consensus unanime des arabes et lui assurer plein pouvoir. Mais, à l'encontre de Hitler, Nasser ne nourrissait aucun sentiment de haine véritable contre les juifs. C'était un froid calcul qui devait servir son ambition de bâtir un empire arabe (Voir le livre de Nasser "La Philosophie d'une Révolution"). L'apport des juifs au développement moderne de l'Egypte Les plus importantes et plus anciennes communautés juives d'Egypte étaient celles du Caire la capitale et d'Alexandrie. D'autres communautés, dont l'existence remontait très loin dans le temps existaient également dans les villes suivantes : en Basse-Egypte, Damanhour, Mitghamer, Benha, Mahallah El Kobra, Mansourah, Tanta et Zagazig. En Haute-Egypte il y avait des familles juives mais elles étaient peu nombreuses. Chacune de ces communautés avait ses synagogues, ses rabbins, ses écoles et ses services sociaux. ==================== PAGE 19 ==================== L'arabe était la langue maternelle de la plupart des familles d'origine égyptienne. Dans certaines synagogues en province, les fidèles priaient en arabe, et ils s'habillaient comme les fellahs, au point qu'il était difficile de les distinguer. Une partie des membres de ces communautés parlaient le "ladino". Seule une minorité venue de l'Europe de l'Est parlait le "yiddish". Apport Général Déjà au XIXème siècle, et compte tenu du fait qu'ils représentaient une petite minorité, l'apport des juifs égyptiens à la mise en place de la structure moderne de l'Egypte est considérable et fondamental dans tous les domaines, des activités agricole, industriel, commercial, financier culturel et scientifique Il nous faut d'abord citer les familles dont les membres, génération après génération, ont pris une part importante au développement de l'Egypte contemporaine. Ce sont les familles : Suarès, Cattaui, Menasse, Mosseri, Rolo, Adda et Cicurel — et les individus qui apportèrent eux aussi leur contribution non moins importante ; parmi eux : Elie Politi, Joseph Smouha, Dr Isaac G. Levi, Joseph de Picciotto Bey, Isaac Vaena, Marc Biedelot Bey, les frères Joseph Dicly bey et Moïse Dicly bey, Blum Pacha, Victor Harari Pacha, etc. Aux familles Suarès, Cattaui, Menasse, Mosseri, et Rolo, on doit la création et le développement, en totalité ou en partie, des importantes sociétés suivantes : les Sucreries et Raffineries d'Egypte, la Société de Wadi Kom-Ombo — la plus grande société agricole égyptienne —, le Domaine de Keddah-Fadl — agriculture, la Société du chemin de fer de Hélouan, la Société des chemins de fer du Delta, celle des chemins de fer de la ligne Keneh Assouan, le premier service de transport urbain au Caire dénommé "Arabait Suarès" (Omnibus de Suarès), la Société de construction de la banlieue résidentielle de Maadi près du Caire. La société "Salt and Soda", la Société Agricole Egyptienne, la Société Royale d'Agriculture, le Crédit Foncier Egyptien, la New Egyptian Company Ltd, la Commercial Bank of Egypt, l'Agricultural Bank of Egypt et la Compagnie des Eaux de Tantah. D'aucuns pourraient rétorquer que les hommes qui s'engageaient dans ces affaires l'ont fait dans leur propre intérêt ; c'est vrai, mais cela ne diminue en rien leur mérite. Il ne faut pas oublier, en effet, qu'investir des fonds dans une entreprise nouvelle comporte une certaine part de risque et que le succès final n'est jamais assuré. Pour s'engager dans une telle opération, il faut donc, en plus de l'esprit d'initiative, un certain courage pour affronter les difficultés éventuelles ; ces entreprises ==================== PAGE 20 ==================== industrielles et commerciales fournirent travail et subsistance à des dizaines de milliers d'ouvriers égyptiens. Enfin, les capitaux investis n'étaient pas toujours égyptiens. Les Suares, Cattaui, Menasse, Mosseri et d'autres, réussirent, par leurs initiatives et leurs relations dans le monde financier de l'étranger, à attirer des capitaux non égyptiens qui furent investis dans le pays. Et la question se pose de savoir pourquoi, malgré les immenses fortunes qu'ils possédaient, les Egyptiens non-juifs, ne se sont pas engagés à cette époque dans la voie de l'industrialisation. Apport économique Famille Cicurel Moreno Cicurel, fondateur des grands magasins "Cicurel" du Caire. Ses fils Salomon et Joseph et Salvador développèrent cette entreprise commerciale qui ne tarda pas à devenir "les grands magasins Cicurel". Salomon fonda une école professionnelle. Une des filles de Salomon Cicurel épousa le Président Mendès-France. En 1920 Joseph fut président de l'organisation sioniste au Caire, l'un des fondateurs de la Banque Misr et l'un de ses administrateurs délégués. Après le décès de ses deux frères, Salvador resta à la tête des magasins déjà existants et ouvrit les grands magasins populaires "Oreco". Le roi Fouad l'éleva au titre de Bey Il fut membre de la délégation officielle qui se rendit au Soudan pour renforcer les relations commerciales avec ce pays. Il siégea pendant longtemps au comité de la chambre de Commerce égyptienne. Il fut juge assesseur aux Tribunaux Mixtes. Comme sportif : champion d'escrime il représenta dignement l'Egypte aux jeux Olympiques de 1928 Après l'instauration du nouveau régime en Egypte, les officiers de la révolution furent souvent appel à Salvador Cicurel lui demandant des conseils d'ordre économique. Il fut aussi le dernier président de la communauté israélite du Caire, Famille Suarès les frères Joseph, Félix et Raphaël furent à l'origine de vastes entreprises qui favorisèrent le développement économique de l'Egypte. Félix Suarès était bien connu pour sa générosité envers les nécessiteux, sans distinction de race ou de religion. Son origine, égyptienne, est du quartier juif (Haret El Yahoud) il avait été surnommé "Abou El Hassawe" [note hébraïque] A sa mort il fut pleuré par les habitants du Caire, musulmans, chrétiens et juifs. A l'époque où l'Egypte se trouvait sous la coupe des Paches Turcs, Edgard Suarès, cousin des frères Suarès que nous venons d'évoquer, grand financier comme eux, allégea le sort de milliers de fellahs qu'il aida, dans une grande initiative agricole, à devenir ==================== PAGE 21 ==================== petits propriétaires. Actionnaire majoritaire dans la société britannique "New Egyptian Co Ltd", dont le siège était à Londres, il obtint en 1907 son transfert en Egypte. Le but de cette société était l'achat de terres incultes ou partiellement incultes qu'elle amendait pour les revendre. D'autre part cette société était responsable de la protection de nombreux îlots situés le long du Nil en Haute Egypte, contre l'érosion due aux crues normales et contre les destructions provoquées par des crues trop abondantes. Edgard Suarès fit donc acheter par sa société de vastes étendues de terres — plusieurs milliers de feddans — en Haute et Basse Egypte, fit procéder à leur amendement, à leur irrigation jusqu'à ce qu'elles soient propres à une agriculture intensive. Il revendit ces terres par petites parcelles aux fellahin de la région à des conditions particulièrement avantageuses : prix très bas et facilités de paiement avec crédit à long terme. Le but d'Edgar Suarès, dans cette opération, n'était nullement lucratif ; la société n'en tira qu'un bénéfice très modeste ; il voulait émanciper le fellah de la tutelle des grands propriétaires et le tirer de la pauvreté. C'est ainsi qu'il put rendre heureux des milliers de fellahin. Famille Cattaui Le premier Cattaui connu, Youssef Ben Ishak Sambary Cattaui, vécut au XVIIIème siècle. Il est l'auteur d'une histoire de l'humanité en deux volumes Un de ses manuscrits est conservé à la bibliothèque d'Oxford ("Oxford library M.S. Heb. 2240). Il écrivit également en hébreu une chronique de l'Egypte, de l'an 540 au XIXe siècle. Son fils, Yacoub Cattaui, fut nommé par le Khédive Abbas 1er Surraf Général [note] il serva cette fonction sous le Khédive Saïd et le Khédive ISMAIL. Lorsqu'un incendie détruisit le silo de blé de la capitale, à l'époque du Khédive Ismaïl, Yacoub bey sauva la ville d'une pénurie de blé et d'une flambée des prix du pain en réquisitionnant immédiatement tout le blé qui se trouvait chez les meuniers avant que la nouvelle de l'incendie ne se fût répandue. Cette action valut à Yacoub bey son élévation au rang de grand officier de l'Osmanieh, la plus haute décoration accordée aux personnalités ne faisant pas partie de la famille khédiviale. Moïse Cattaui Pacha fut un grand banquier et un administrateur de sociétés. Il fut, de plus, un président de la communauté israélite du Caire très actif. S'intéressant beaucoup à la jeunesse, il finança la fondation d'une école de commerce et veillait à ce que les anciens de cette école aient toute possibilité de réussite professionnelle. Les étudiants doués pouvaient poursuivre des études, toujours à ses frais en médecine, en architecture ou en droit. Il contribuait généreusement aux œuvres philanthropiques ==================== PAGE 22 ==================== et fut l'un des fondateurs de l'Association de l'Assistance publique. Youssef Aslan Cattaui Pacha était ingénieur diplômé de l'Ecole Centrale de Paris. On lui doit la transformation des 12000 hectares de désert de Kom-Ombo en terres fertiles. En 1920 il fut, avec Talaat Harb Pacha et Joseph Cicurel, l'un des fondateurs de la Banque Misr qui finança plus de trente entreprises industrielles, commerciales et agricoles. Il fut membre de l'Assemblée Législative de 1915 à 1921, date de sa dissolution. Le roi Fouad le plaça parmi les dix-huit personnalités chargées de doter l'Egypte d'une constitution moderne. Il insista sur l'adoption du suffrage universel et eut gain de cause, bien qu'au départ la majorité ait été en faveur d'un système de vote plural. En 1923, aux premières élections législatives qui eurent eu lieu en Egypte, Youssef Aslan Cattaui Pacha, fut réélu ensuite régulièrement. En 1927, il fut nommé sénateur, charge qu'il conserva jusqu'à sa mort à l'âge de 81 ans. Il fut président du comité des Finances au Parlement, et, en 1931 il présida la commission des finances du Sénat. En 1924 il entra au gouvernement comme ministre des Finances et fut, en 1925, ministre des Communications. En 1929, il fut à la tête de la délégation parlementaire égyptienne au Congrès parlementaire qui se tint à Rio de Janeiro. Il fut au Sénat au centre d'un incident : un sénateur ayant, dans son discours, parlé des juifs de façon désobligeante. Cattaui Pacha se leva immédiatement pour quitter la salle en signe de protestation ; tous ses collègues se levèrent alors pour le retenir et demandèrent à l'orateur de retirer son allusion. Ce qu'il fit. Youssef Cattaui Pacha fut également historien, son ouvrage sur le Canal de Suez est un classique en la matière. Il succéda à Moïse Cattaui Pacha à la présidence de la communauté israélite du Caire, jusqu'à son mort en 1942 ; il laissa le souvenir d'un grand citoyen égyptien, d'un juif fidèle serviteur de sa patrie, et d'un excellent président de la plus importante communauté juive du pays. Adolphe Cattaui Bey était un intime du prince Fouad (futur roi). Ils fondèrent ensemble l'Université Egyptienne et la Société Royale de Géographie. Aslan Cattaui Bey, fils aîné de Youssef Cattaui Pacha, entra en 1908 dans l'administration des Domaines de l'Etat ; il parvint en 1931 au rang de directeur général de cette administration. Après sa retraite au Sénat et fut constamment réélu à toutes les législatures jusqu'à la suppression du Sénat par Nasser en 1953. Il siégeait au Conseil d'administration du Canal de Suez et à celui de la Banque Nationale, en tant que représentant du gouvernement égyptien. Il était également membre ==================== PAGE 23 ==================== du Conseil d'administration de plusieurs sociétés industrielles et financières et fut membre fondateur de la Compagnie de navigation maritime : "Khedivial Mail". Raoul Cattaui Bey, deuxième fils de Youssef Cattaui Pacha fut, après trois ans passés au service du ministère de l'Agriculture, la direction de la Société des Sucreries et Raffineries d'Egypte et de la Société de Kom-Ombo. Historien, il écrivit en français une histoire en quatre volumes du règne de Mohamed Ali, fondateur de la dynastie Egyptienne. Il fut membre de la Société d'Histoire, membre de l'Institut et membre de la Société royale d'Agriculture. Elu député de la circonscription de Kom-Ombo, il fut réélu à toutes les législatures, jusqu'à la suppression de la Chambre des Députés par Nasser. Il était membre du Conseil [?] de l'Etat et succéda à son père à la présidence de la communauté israélite du Caire. Madame Youssef Cattaui Pacha fut première dame d'honneur à la Cour royale pendant plus de trente ans, tout au long du règne de Fouad et de Farouk jusqu'au divorce de celui-ci avec la reine Farida. Famille Menasse le baron Jacob de Menasse, notable respecté de la ville d'Alexandrie, fut anobli par l'Empereur d'Autriche-Hongrie François Joseph, qui lui donna le titre de baron lors de sa venue en Egypte, à l'occasion de l'inauguration du Canal de Suez. Il fut associé à la plupart des sociétés créées par les Suarès et les Cattaui. On lui doit les écoles, bien connues de la population d'Alexandrie sous le nom d'Ecoles Gratuites "Menasse" et renommées pour le haut niveau de leur enseignement. Il fit aussi construire la grande Synagogue et le premier Hôpital israélite du quartier de Moharram Bey les œuvres de bienfaisance en bénéficièrent largement de ses dons. Les fils et petits-fils poursuivirent l'œuvre philanthropique de leur père et grand-père et financèrent la construction du nouveau grand Hôpital israélite sur le Boulevard d'Aboukir. Le baron Jacques B. Menasse fut élu en 1903 président de la communauté juive d'Alexandrie. Le [baron?] habitant la bibliothèque municipale d'Alexandrie est une donation du fils du baron Alfred de Menasse. Famille Mosseri les premières traces que l'on retrouve de cette famille de banquiers remontent à 1750 avec l'apparition de Nessim Mosseri. La banque J. Mosseri & fils et elle allait jouer un rôle important dans le développement agricole et financier du pays. Nessim Youssuf Mosseri fut le président du tribunal mixte de commerce du Caire son fils, Youssuf Mosseri, fut nommé juge au même Tribunal. Victor M. Mosseri, célèbre agronome, fut nommé par le gouvernement égyptien directeur de la Chambre des agronomes ==================== PAGE 24 ==================== Il contribua largement au développement de l'agriculture du coton et sa protection contre les parasites. Elie N. Mosseri était un très grand financier. Les sociétés anonymes sollicitaient sa participation à leurs conseils d'administration. Il réorganisa la Société des Ciments d'Egypte qui se trouvait en plein marasme. Famille Rolo notable d'Alexandrie. Ruben Rolo participa, ainsi que ses deux fils, Simon et Giacomo à des entreprises communes avec les Suarès et les Cattaui : Banque Nationale, Crédit Foncier Egyptien, construction du chemin de fer de Hélouan. Robert Rolo, administrateur de la Banque Nationale d'Egypte et de plusieurs sociétés, fut anobli par le gouvernement britannique, autorisé à se faire appeler "Sir". Famille Adela Sabato Adela, premier membre de cette famille à connaître la célébrité, fut nommé par Napoléon Bonaparte, lorsque celui-ci occupa l'Egypte, président d'un comité de huit des membres responsables de la conduite de la communauté juive à l'égard de l'armée d'occupation. Ephraim Adela né en 1858 ; en 1877, il entra au service de l'Etat et fut nommé contrôleur au ministère des Finances. Son fils Abram Adela Bey fit construire à Alexandrie un grand hôpital ophtalmologique et l'offrit à la municipalité de cette ville. C'est également à Alexandrie qu'il créa une maison internationale de retraite pour vieillards et en fit don à la ville. Le docteur Isaac G. Levi, directeur de l'administration des statistiques et secrétaire général de la Fédération des Industriels, était également directeur de "La Revue contemporaine". Il participa pour une large part à l'implantation et au développement d'industries nouvelles qui manquaient à l'économie égyptienne. Joseph de Picciotto Bey, sénateur, expert économiste, était membre du conseil d'administration de plusieurs sociétés, entre autres la banque "Cassa di Sconto e di Risparmio". Il publiait périodiquement dans le journal, en arabe, "AL-MOKATTAM", des études économiques et financières fort appréciées. Nommé sénateur par le roi Fouad, il conserva son siège à toutes les élections qui suivirent ; il fut vice-président de la communauté israélite d'Alexandrie, à laquelle il consacrait le meilleur de son temps. Victor Harari Pacha : directeur du département des taxes au ministère des finances, directeur de la Trésorerie, secrétaire général de la délégation égyptienne au congrès financier international de Londres, délégation conduite par Blum Pacha, directeur général au ministère des Finances, responsable de la réforme du ministère des Wakfs. En 1899, il fut nommé directeur général des comptes. Lorsqu'il prit sa retraite, il fut choisi comme délégué du gouvernement auprès de la Banque Nationale et de la Banque Agricole, et aussi comme membre du conseil supérieur des chemins de fer de l'Etat. ==================== PAGE 29 ==================== Alexandrie : à partir de 1802, une suite de Grands Rabbins célèbres étaient à la tête de la communauté juive. Yedidia Israel, en 1802, se distingue par sa sagesse et sa piété. A sa mort, on fonda le Midrash Yedidia Israel, qui exista jusqu'en 1915. Salomon Hazan lui succéda. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, et dont le plus important est "Hamaalot Leshlomo", petite encyclopédie des grands Rabbins et de leurs œuvres. Moshe Hazan, son fils, très savant dans toutes les branches de la culture juive, écrivit de nombreux ouvrages sur la loi et des traités philosophiques. Nathan Amram, grand spécialiste de la loi, philosophie et médecine publia plusieurs livres dont le plus connu est "Kinian Haferote", guide pour les Grands Rabbins. Moshé Pardo, un illustre savant, écrivit en particulier "Horeh Hiel Bet-Din", traité juridique sur le divorce. Elihou Hazan, d'origine espagnole, Grand Rabbin de 1888 à 1908 était un descendant de Don Moshé Mattatia Hazan qui avait vécu en Espagne vers 1473, et qui avait été premier d'une longue lignée de savants. Elihou Hazan avait été délégué vingt ans durant Grand Rabbin de Tripoli. Diplomate de valeur, il fit du Grand Rabbinat d'Alexandrie une institution efficace et moderne. Il était l'âme des œuvres de bienfaisance, des organismes scolaires et des asiles de vieillards ou d'enfants indigents à Alexandrie. Parmi les ouvrages qu'il publia, on peut citer "Zikhron Yeroushalaim" et "Névé Shalom", ce dernier est un précieux essai sur les us et coutumes de la communauté d'Alexandrie et donne en outre une procédure claire à suivre pour juger d'un divorce. Il est aussi l'auteur de "Taaloumet Lev", important traité juridique qui donne toute la mesure de sa vaste culture. Il faut citer aussi le Grand Rabbin Raphael Della Pergola, italien, autorité religieuse incontestée, remarquable surtout par son humanisme profond. Le Grand Rabbin Prato, lui aussi d'origine italienne, lui succéda et il ne tarda pas à susciter une grande estime et une vive admiration tant parmi ses fidèles que dans l'importante colonie italienne d'Alexandrie. Excellent [?] [illisible] En 1936 il retourne en Italie pour être nommé Grand Rabbin de Rome ; en cette même année, il intervint en faveur des juifs de Pologne, victimes d'un antisémitisme virulent. En 1938, il eut le courage de dire à Ciano gendre de Mussolini et ministre des affaires étrangères ==================== PAGE 30 ==================== italien : "Ceux qui mangent des juifs en meurent" Le Grand Rabbin Ventura, venu de Turquie, prit la place laissée vide par le départ du Grand Rabbin Prato. Il présenta une thèse de doctorat sur le philosophe musulman du XIIe siècle, Aben El Faradi et le juif Saadia Gaon. Il fonda à Alexandrie l'école Maïmonide qui dispensait tout aussi bien l'enseignement de l'hébreu que celui de l'arabe. En conflit avec le conseil communautaire, il quitta l'Egypte en 1948, au début de la guerre avec Israël et s'installa dans ce pays. Son départ fut une lourde perte spirituelle pour la communauté d'Alexandrie. Son substitut, le Rabbin Angel, lui succéda. Le rabbinat d'Alexandrie comptait d'autres rabbins fort estimés. Le rabbin Abraham Abelaziz quitta le rabbinat d'Alexandrie en 1926 pour aller siéger à la Cour d'Appel rabbinique de Jérusalem, à laquelle il avait été appelé en raison de sa profonde érudition. Le rabbin Toledano, qui avait été le substitut du Grand rabbin Prato et celui du Grand Rabbin Ventura, partit en Israël lors de la fondation de l'Etat. Il y fut membre du premier cabinet Ben Gourion en tant que ministre des Cultes et resta à ce poste jusqu'à sa mort. Le dernier Grand Rabbin du Caire Haïm Douek quitta l'Egypte en mars 1972 ; dernier d'une longue succession de chefs spirituels, il allait par son départ la fin d'une communauté de trois mille ans d'âge. Ecoles et œuvres sociales juives en Egypte Les communautés juives des grandes villes, Caire et Alexandrie, avaient créé des établissements d'enseignement, des hôpitaux, des dispensaires, des centres de secours, et des cuisines populaires, accessibles à tous, sans distinction de nationalité ou de religion. A Alexandrie, rue de France, un dispensaire desservait les quartiers arabes populaires de Gourieh et de Manchiah. Un hospice pour enfants arabes, juifs et chrétiens handicapés avait été créé à Alexandrie par l'industriel juif Haïm Dorra, du temps où Abdel Khalek Hassouna, nommé plus tard secrétaire général de la Ligue Arabe, était gouverneur de la ville. Haïm Dorra contribuait également au fonds d'autres œuvres sociales juives et non-juives ; les œuvres des "Frères Musulmans" bénéficiaient aussi de sa générosité. Ceci n'empêcha pas les "Frères Musulmans" de saccager, en 1946, la synagogue du quartier de Moharram Bey. Elie Politi, quant à lui, il entretenait une cuisine populaire gratuite. ==================== PAGE 31 ==================== A Alexandrie il y avait déjà l'Ecole gratuite Menasse d'enseignement primaire et secondaire pour un très grand nombre d'élèves. Une nouvelle école, dénommée : l'Union juive pour l'enseignement primaire et secondaire, un très grand nombre d'élèves. Quelques années plus tard, elle prouvait la qualité de son enseignement par le pourcentage élevé de ses élèves au baccalauréat. Au Caire, la communauté avait des œuvres sociales les plus méritoires : "La Goutte de Lait" fondée par ISAAC BENAROYO. Des milliers d'orphelins et d'enfants pauvres doivent à cette école au quartier juif santé, instruction et partant, réussite sociale. Les membres du Conseil communautaire qui gérait les affaires de la Communauté étaient élus chaque année, principalement parmi la classe dirigeante (très riche) et les vieilles familles enrichies. A côté du Conseil communautaire fonctionnait une sorte de parlement, ou d'assemblée nationale, où se retrouvaient des trois classes. Là se débattait tout ce qui, de près ou de loin, se rapportait aux intérêts matériels ou moraux de la communauté et à leur gestion ; c'était une sorte de Cour suprême, soucieuse aussi de protéger la communauté contre tout arbitraire susceptible de porter atteinte à la sécurité de ses membres ou à leur dignité. La loge "Nabi Daniel" affiliée à la grande organisation américaine, joua un grand rôle en Egypte à la veille de la dernière grande guerre mondiale, a agi activement en organisant le boycottage du commerce allemand et dans la lutte contre la propagande nazie. C'est aussi la loge "Nabi Daniel" d'Alexandrie créa l'Ecole de l'Union juive pour soustraire notre jeunesse à l'influence de certaines écoles ecclésiastiques et leur activité antisémite. Un juif, premier ministre d'un calife marocain, édifia au Caire pour la gloire de l'Islam la fameuse mosquée d'El Azhar. Un auteur juif égyptien contemporain se situe dans la lignée des écrivains, poètes et philosophes juifs de l'Egypte Arabe au Moyen Age : Mourad Farag Ichaac Bey (1867-1953) personnalité marquante du judaïsme caraïte égyptien, dont la famille se trouvait en Egypte quelque 250 ans, au moins. Tout au long de sa vie, il se consacra à de nombreuses activités dans les domaines de la justice, de la littérature — Théâtre, poésie, roman — et du journalisme. Il fut l'avocat des domaines du Khédive Abbas Helmi, jusqu'à la déposition de celui-ci en 1914. Brillant juriste, il seconda le Grand Rabbin Ben-Simen Hay dans la mise au point du code israélite de statut personnel, code qui fut utilisé par les tribunaux séculiers. Il l'adapta aux deux communautés juives d'Egypte : les rabbanites et les caraïtes. ==================== PAGE 32 ==================== Il écrivit en arabe plusieurs livres d'inspiration hébraïque, parmi lesquels il faut citer : "Chear el-Khedr" ("Le manteau d'Elie"), inspiré de l'ouvrage hébraïque "Adereth Eliahou" ; "El Karraoun Wal Rabbanyoun" ("Caraïtes et Rabbanites"), "Diwan Mourad" ("Recueil de poèmes de Mourad") en trois tomes ; "Makalat Mourad" ("Les articles de Mourad") ; "El Yahoudi, maana waakida" ("Le juif, sa signification et sa foi") ; "Sefr El Tekwin" ("Le livre de la Création") dans lequel il faisait ressortir les analogies entre la langue hébraïque et la langue arabe ; "El-Yahoudia" ("La Juive"), roman. Il mourut alors que le troisième tome de "Moultaba el-Léghatein" (dictionnaire hébreu-arabe) n'était pas encore publié ; cette publication avait de plus été retardée en raison de la conjoncture politique, peu favorable à cette époque (1955) à la parution d'un ouvrage judéo-arabe. Mourad Farag Ichaac Bey publia, de longues années durant, une revue hebdomadaire "Al Tahzib" créée en 1901. Il fut aussi, en 1900, l'un des principaux fondateurs de l'école juive Caraïte, où l'on enseignait l'arabe, l'hébreu et l'anglais. Cette école fut mise sous séquestre en 1956. Le monde du spectacle La première véritable tragédienne du théâtre égyptien moderne est sans doute Emilie Dayan, qui joua aux côtés du fameux acteur Cheikh Salama Hegazi. [?] Mourad fut lui, un prestigieux chanteur, compositeur et professeur de musique ; Nombre de ses élèves sont devenus célèbres et sa fille, Leïla Mourad, artiste née, chanteuse et comédienne de talent. Elle avait débuté très jeune comme partenaire de Mohamed Abdel Wahab, acteur, chanteur et musicien célèbre. David Haïm Levi (connu sous le nom de "Daoud Hosni") chanteur, et surtout compositeur, touchant à tous les genres : classique, opéras, opérettes, chansons populaires ; il a enrichi la musique arabe d'une centaine d'œuvres qui furent chantées par toutes les célébrités de son temps et même après sa mort : Abdou El Hamoli et sa partenaire Almaz, Leila Mourad et Om Kalsoum dont il fut le professeur. Les œuvres les plus connues sont des opérettes "Assir El Hobi" ("Prisonnier de l'amour"), "Al Hob Soltano Kassi" ("Amour, douloureuse passion"), "Aahki Lemin Albi michaleh" ("A qui me plaindre, mon cœur est pris"), "Sabah" ("L'aurore"). Daoud Hosni fut l'une des premières personnalités élues à l'Institut de musique orientale. ==================== PAGE 33 ==================== Dans le domaine du cinéma, c'est à Togo Mizrahi que revient le mérite d'avoir introduit le septième art en Egypte. Il produisit lui-même de nombreux films qui firent le tour du monde arabe. Le Sport Le sport juif égyptien fut brillamment défendu par des juifs dans les rencontres nationales et internationales. Aux Jeux Olympiques de 1928 sur huit escrimeurs délégués par l'Egypte aux jeux Oly. cinq étaient juifs (dont le capitaine) ; trois arrivèrent aux éliminatoires pour les finales, tandis que le capitaine (Salvator Cicurel) faisait briller en finale les couleurs égyptiennes. L'équipe Maccabi de Basket-ball fut championne d'Egypte plusieurs années de suite ses meilleurs joueurs furent sélectionnés dans l'équipe égyptienne pour participer à des rencontres internationales. Ils recueillirent un nombre impressionnant de coupes. En tennis Gaffer et Cohen représentèrent l'Egypte dans des tournois internationaux et remportèrent plusieurs coupes. Isaac Amiel et Solonichio, enfin, furent champions d'Egypte de boxe. Les groupements de boy-scouts Maccabi et Hacoah au Caire et à Alexandrie Maccabi et Hashmonaim se distinguaient parmi les groupements égyptiens. L'Egypte comptait 4 clubs sportifs juifs : deux au Caire, un à Héliopolis et un à Alexandrie. Isaac Amiel, boxeur, était aussi également un sioniste ardent et l'animateur des activités sportives et du scoutisme juif au Caire. Sous son impulsion, des équipes de sportifs juifs furent délégués aux Maccabiades de Palestine. Les clubs juifs n'étant pas exclusifs, des Egyptiens qui exprimèrent le désir furent admis et entretinrent des relations parfaitement cordiales avec leurs camarades juifs. C'est ainsi que Halmy champion égyptien de lutte et de poids et haltères, fit partie de la délégation juive aux Maccabiades de Palestine. La plus belle période du sport juif en Egypte se situait entre la fin de la première guerre mondiale et la guerre de 1948 contre Israël. Jacques Goher, "superviseur" des sports en Egypte, nommé à ce poste par le roi, et maintenu dans ses fonctions par Farouk. ==================== PAGE 36 ==================== Taha Hussein. Enfin, au Caire paraissait l'hebdomadaire en français "L'aurore", "Israël" et "La Voix juive" ; un quatrième, "La Tribune juive" paraissait à Alexandrie, édité par Jacques Rabin ensuite rédacteur en chef du Journal d'Israël de Tel Aviv. Un cinquième hebdomadaire "Al Chams" paraissait au Caire en arabe. Tous les rédacteurs de ces publications étaient animés de sentiments sionistes et cherchaient à servir les intérêts de leur communauté, tout en soutenant les revendications égyptiennes pour l'indépendance. Là aussi on peut constater la place privilégiée de la langue française comme langue véhiculaire des juifs. Après les mesures d'expulsion des juifs d'Egypte, ces publications ont disparu. Elles avaient défendu avec courage les deux causes juive et égyptienne. Albert Stern, rédacteur en chef de l'édition d'Alexandrie de la Bourse Egyptienne, avait été arrêté [?] avant 1948. Il était président de l'organisation sioniste révisionniste du Caire et un ami personnel de Zadowsky, lui-même accusé d'avoir hébergé les deux jeunes juifs palestiniens qui tuèrent Lord Moyne. L'enquête s'était étendue à tous les membres de cette organisation au Caire et à Alexandrie. Mr Benzaken qui en était le président à Alexandrie, fut longuement interrogé. Zadowsky, arrêté au moment où il déposait des fleurs sur la tombe des tueurs de Lord Moyne, il se suicida dans sa cellule, ne pouvant plus supporter les sévices auxquels il était soumis. Les juifs d'Egypte et la première guerre mondiale. Leur participation à la campagne des Dardanelles En 1916, James de Rothschild de Londres arriva en Egypte, portant l'uniforme de major de l'armée britannique, en compagnie de Jabotinsky et d'un officier français ; ils faisaient campagne parmi les juifs palestiniens réfugiés en Egypte pour recruter des volontaires pour le "Zion Mules Corps" en formation. Plusieurs jeunes juifs d'Egypte s'engagèrent dans cette unité intégrée à l'armée britannique. Les chefs de ce bataillon, soumis au commandement d'un colonel britannique, étaient Jabotinsky et Trumpeldor. Plusieurs volontaires d'Egypte tombèrent dans l'accomplissement de la mission dans les Dardanelles. ==================== PAGE 37 ==================== La ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICA) en Egypte Naissance de la Lica. En 1933, l'assassinat à Paris d'un secrétaire de l'ambassade d'Allemagne par le jeune juif Grynszpan, qui entendait ainsi protester contre les persécutions dont était victime sa famille en Allemagne nazie, déclenche dans ce pays une série de représailles violentes contre les juifs ; ce fut la "Nuit de Cristal", durant laquelle les nazis assassinèrent des juifs, détruisirent leurs magasins, incendièrent des synagogues. Le conseil communautaire juif avait demandé la protection de Goering, alors ministre de l'Intérieur. La réponse de Goering ne fut qu'une virulente attaque contre les juifs, par laquelle il justifiait et approuvait les meurtres et les déprédations commis par les nazis. En Egypte, la presse exprima son indignation et de protestation. En Egypte, la presse exprima son indignation par la voix de personnalités égyptiennes et étrangères parmi lesquelles se distinguaient le philosophe et écrivain Taha Hussein. Au balcon d'un immeuble situé dans l'une des principales avenues du Caire était déployée une large banderole portant l'inscription : "L'antisémitisme est la honte de l'humanité". C'est dans ces circonstances que naquit en Egypte, comme dans bien d'autres pays, la Lica, sous l'impulsion de Léon Castro. La Lica entama son action par un procès retentissant qu'elle intenta devant les Tribunaux mixtes du Caire au club allemand de cette ville qui avait diffusé une brochure antisémite ; ce procès mit aux prises Léon Castro et le célèbre avocat nazi Grumm, dépêché expressément d'Allemagne. Le but véritable de cette action judiciaire était d'attirer l'attention du public sur les nazis et il fut pleinement atteint. De 1933 à la déclaration de la guerre en 1939, on assista à un combat sans merci entre la LICA et les nazis. Leurs armes étaient inégales : les moyens de la LICA ne pouvaient être comparés à ceux des nazis soutenus par Berlin. Et pourtant, l'action de la LICA fut d'une efficacité remarquable. Dans cette lutte, les autorités égyptiennes restèrent neutres, tandis que propagande et contre-propagande prenaient des dimensions insoupçonnées jusqu'alors. Un office de propagande nazie fut créé au Caire, peuplé de fonctionnaires envoyés de Berlin par Goebbels. Certains journaux arabes, corrompus se mirent à publier les articles anti-juifs qui leur étaient remis. Les nazis œuvrèrent afin de mobiliser comme étudiants. La position de l'Egypte, au centre du monde arabe, permettait à cette propagande de se répercuter, au centre du monde arabe, permettait à cette propagande de se répandre dans tous les pays arabes. ==================== PAGE 38 ==================== La Lica déploya ses activités dans diverses directions : 1) boycott des marchandises et des films Allemands UFA 2) canalisation de la publicité commerciale des maisons de commerce juives vers des organes de presse qui ne publiaient pas la propagande nazie. 3) un service d'information qui permettait aux agents de la LICA de dépister et de mettre en échec les manœuvres ennemies, même lorsqu'elles étaient tenues dans le plus grand secret. 4) constitution d'un service de propagande de bouche à oreille ; 5) contact avec les ambassades d'Angleterre, de France et des USA Raphael Saccat fut le secrétaire général et dont l'activité et le dévouement à la cause étaient admirables. Cette lutte clandestine devait se poursuivre jusqu'au déclenchement de la deuxième guerre mondiale et jusqu'à l'entrée en guerre de l'Italie. Armes de lutte de la LICA : lorsque, en 1938 la propagande antisémite nazie atteignit son paroxysme. Un "comité de vigilance" fut alors constitué qui représentait toutes les associations juives ainsi que le conseil communautaire. a) Boycott : le boycottage des produits allemands ne fut pas seulement le fait des juifs d'Egypte mais un mouvement mondial, suivi là où était implantée une communauté juive. Etant donné que le boycottage avait sensiblement provoqué une baisse des exportations allemandes, les allemands retirèrent les représentations commerciales allemandes des mains des agents juifs, nombreux à cette époque et pratiquèrent le dumping, c'est-à-dire qu'ils offrirent leurs marchandises à des prix nettement compétitifs. Le public juif dans son ensemble s'abstint d'acheter des produits allemands, dans les magasins, à tel point que le label "made in Germany" disparut de nombreux articles afin de tromper les acheteurs. Le boycottage des films allemands fut un succès complet. Plusieurs commerçants juifs se sont eux-mêmes imposé des sacrifices en s'abstenant d'importer ou de vendre des produits allemands. L'office nazi éditait un hebdomadaire en français "Le Proche Orient", dirigé par un journaliste syrien, antisémite notoire, et l'hebdomadaire fut boycotté par les usagers juifs. b) actions individuelles : c) l'Italie et la guerre d) la Lica fait appel au concours des puissances démocratiques ==================== PAGE 39 ==================== Action de la Lica lors de la visite en Egypte de Goebbels En 1939 Goebbels, ministre de la propagande de Hitler, fit un bref séjour en Egypte. Le jour de son arrivée il prit la parole à l'école allemande, au cours d'une réunion exclusivement réservée au personnel de l'ambassade, aux membres du Club allemand et aux membres du club russe blanc, tous antisémites notoires. L'entrée y était strictement contrôlée ; un des membres de la Lica se posta aux abords de l'école et nota les numéros des voitures qui amenaient les invités, ce qui permit de découvrir ultérieurement, et avec l'aide des services officiels d'immatriculation, les noms des auditeurs de Goebbels ; mais le plus important était d'avoir pu introduire à cette réunion l'un de nos informateurs. Voici comment un informateur de la Lica avait pu assister à cette réunion : la LICA avait antérieurement implanté dans le club russe blanc un ingénieur juif blanc, dont le nom et le prénom n'avaient aucune consonance juive ; sa mission consistait à suivre ce qui se tramait chez les antisémites de ce club et chez leurs amis nazis. Il fut présent à la réunion, et rapporta en entier le discours secret de Goebbels. Dans son discours, Goebbels fit appel à la collaboration des assistants ; il fit également l'apologie de la politique hitlérienne et conseilla la diffusion de l'antisémitisme et la subversion anti-britannique comme des moyens de contribuer à l'implantation du Nazisme en Egypte et au Proche-Orient. Un rapport sur ce discours fut, bien entendu, envoyé aux autorités égyptiennes, et à l'ambassade de Grande-Bretagne, qui exprimèrent à la LICA leur gratitude pour ce travail. Grâce à la liste des nazis qui avaient assisté à cette réunion, elle se révéla utile aux autorités, qui purent ainsi les surveiller et arrêter, dès les premiers jours des hostilités en 1939, ceux qui n'avaient pas encore quitté l'Egypte alors qu'ils étaient prévenus par leur consulat de l'urgence de partir. Sir Walter Smart : qui a eu une grande part dans la création de la Ligue arabe La lutte judéo-arabe en Palestine et ses répercussions sur les juifs d'Egypte Le mouvement nationaliste lutta contre l'occupation britannique en Egypte vigoureusement tout au long de l'entre-deux-guerres mondiales. L'Egypte offrait un terrain favorable à la propagande anti-juive et anti-britannique des nazis. Les Egyptiens considéraient avec sympathie tout ce qui se présentait comme anti-britannique ; un préjugé favorable à l'Allemagne s'était développé en Egypte durant cette période. Les années vingt virent le développement de la lutte entre juifs et Arabes. Au début, les Egyptiens se sentaient solidaires avec leurs coreligionnaires palestiniens, mais cette solidarité arabe avait un caractère ==================== PAGE 40 ==================== plutôt sentimental et n'impliquait aucune hostilité envers les juifs du pays. Vis à vis des juifs de Palestine, les Egyptiens étaient partagés entre des sentiments contradictoires ; la solidarité avec les Arabes de Palestine et l'admiration pour la résistance juive qui résistait aux Anglais, coup pour coup ; c'est ainsi que les deux jeunes juifs palestiniens, auteurs de l'assassinat de Lord Moyne, jouissaient de la compréhension et de la sympathie de la population égyptienne qui les considéra comme des héros ; les tribunaux égyptiens ne les auraient d'ailleurs pas condamnés à mort si telle n'avait pas été la volonté formelle de l'Angleterre. La conjonction de ces deux sentiments (celui nationaliste et événement de Palestine), rendait le public égyptien particulièrement réceptif à la propagande nazie qui savait donc savamment les arguments antisémites et anti-britanniques. Dès le début de la guerre de 1939-1945, la propagande nazie à l'intérieur de l'Egypte fut réduite au silence ; les allemands qui ne réussirent pas à quitter le pays avant les hostilités furent arrêtés et internés. Mais la radio de Berlin ne poursuivait pas moins la propagande, semant la haine contre les Britanniques et les juifs ; néanmoins, cette période de la guerre amena une trêve dans la lutte entre juifs et Arabes en Palestine, mais les uns et les autres étaient convaincus que leur sort dépendait de l'issue du conflit mondial. Attirée par les slogans diffusés par radio Berlin, la haine des Egyptiens contre l'Angleterre demeurait aussi vive qu'avant la guerre et ils appelaient de tous leurs vœux la défaite de la Grande-Bretagne par l'Allemagne. Ce sentiment était plus largement répandu dans les couches sociales populaires que dans la classe dirigeante, laquelle, dans sa majorité, soutenait plutôt les Alliés, alors que le roi Farouk manifestait ostensiblement sa sympathie pour l'Allemagne et, le 16 mai 1941, un petit groupe d'officiers conduit par le général Aziz-El-Masri tenta de rejoindre les troupes italo-allemandes, lesquelles étaient parvenues à El-Alamein, aux portes de l'Egypte, alors qu'en Irak, la révolte contre l'Angleterre dirigée par Rachid Ali El-Kilani était rapidement matée. Paradoxalement, la guerre du désert donna un essor considérable au développement agricole et industriel de l'Egypte et de la Palestine, pour répondre aux besoins de l'importante armée qui faisait face aux troupes italo-allemandes. De ce fait, les Arabes de Palestine dans l'expectative, en attendant la fin de la guerre, et, bénéficiant de la prospérité économique conjoncturelle, se tinrent tranquilles, alors que leur leader le Moufti Hadj Amin El-Husseini, qui avait mis son espoir dans la victoire allemande, s'était réfugié à Berlin. Cette situation amena une accalmie dans la lutte entre juifs et Arabes en Palestine jusqu'à la fin de la guerre. ==================== PAGE 41 ==================== A la fin de la guerre, la lutte des nationalistes égyptiens contre les Britanniques entra dans une phase nouvelle, prenant un tour plus aigu : la population et ses dirigeants étaient cette fois solidaires, et des heurts s'opposèrent la police égyptienne aux troupes britanniques, tandis que des guérilleros, s'inspirant de la technique des "coups de main" des juifs de Palestine contre les objectifs anglais, s'attaquaient aux bases britanniques dans la zone du Canal de Suez. Les Anglais de leur côté, aux prises avec les juifs de Palestine, imaginèrent de détourner l'attention des Egyptiens en exploitant leur sentiment de solidarité avec les Arabes de Palestine. C'est ainsi qu'on vit reprendre à leur compte en Egypte tous les thèmes de la propagande antisémite des nazis ; à cette différence près que, désormais, cette propagande était centrée sur les événements de Palestine. Cette campagne, menée par les fonctionnaires de l'ambassade britannique au Caire, ne tarda pas à porter ses fruits. Le 2 novembre 1945, jour anniversaire de la Déclaration Balfour, fut marqué par des manifestations populaires qui dégénérèrent en émeutes ; des synagogues, et des magasins appartenant à des israélites furent détruits. Le parti des "Frères Musulmans" qui bénéficiait d'une vaste audience dans les milieux populaires, et la Ligue Arabe, mirent l'accent sur la solidarité avec les Arabes musulmans de Palestine. Cette campagne, reprise par la presse, soutenue par des prêches dans les mosquées, clamée par les meneurs, excitait une foule qui, perdant tout sens critique, allait désormais confondre les intérêts de son pays avec ceux des Arabes palestiniens. A partir de ce moment, la menace qui pesait sur le judaïsme égyptien se fit plus précise et l'hostilité envers la communauté juive alla croissant ; cette communauté devait encore agoniser longuement au rythme d'élections de toute nature, internements, mises sous séquestre, spoliations, pour en arriver à l'expulsion. Il faut cependant reconnaître que, contrairement à ce qui se passait dans d'autres pays arabes, on n'attenta pas à la vie des juifs, exception faite de quelques victimes tuées par la police lors des émeutes. Finalement, il résulte de cette situation que l'Egypte s'est vidée de ses 85 000 juifs, à l'exception d'un nombre infime de personnes, d'âge avancé, qui ne tarderont pas à disparaître. Le nombre des juifs chassés d'Egypte et des autres pays arabes, dont le sort n'était pas meilleur est égal, sinon supérieur à celui des réfugiés palestiniens de 1948, à la différence que les réfugiés juifs se sont intégrés pour la plupart en Israël, ce qui constitue en fait un échange de population, comme ce fut le cas de tant de guerres en Europe et en Asie. Mais les pays arabes, eux, ont tout fait pour empêcher les possibilités d'intégration des réfugiés palestiniens dans leurs pays, dans le seul but de les exploiter politiquement contre Israël, sans aucune considération pour leur vie misérable dans des camps autour d'Israël. ==================== PAGE 42 ==================== L'Egypte et le projet de création d'un Etat Bi-National en Palestine Bien avant la fondation de l'Etat d'Israël, maints hommes d'Etat influents, tant au sein de la S.D.N et de l'O.N.U, que dans d'autres cadres, la possibilité de résoudre le problème judéo- arabe en Palestine par la création d'un Etat bi-national ; ces prises de position furent toujours dénoncées par les leaders palestiniens eux-mêmes, en particulier le Mufti de Jérusalem, Hadj Amin El HUSSEINI. En 1947, Nokrachi Pacha, Premier Ministre égyptien, chargea le sénateur juif Aslan Cattaui Bey, antisémite notoire, de se rendre en Palestine et de prendre contact avec les dirigeants de l'Agence juive, Ben Gourion notamment. Mais il lui recommanda de s'entretenir au préalable avec Abdel Rahman Azzam Pacha, secrétaire général de la Ligue Arabe, afin de bien assimiler la conception arabe du problème et de fixer avec lui les propositions à soumettre à l'Agence juive (retenez ces détails de la bouche d'Aslan Cattaui lui-même — Maurice Mizrahi). Si Aslan Cattaui échoua dans sa mission, c'est pour la simple raison qu'il se contenta d'être le porte-parole de la thèse arabe, qui préconisait la création en Palestine d'un Etat bi-national, fondé sur parité de la population arabe et juive, sur un partage égal des pouvoirs entre les deux communautés et sur l'affiliation du nouvel Etat à la Ligue Arabe. Cette proposition fut repoussée par l'Agence juive : elle signifiait tout simplement le naufrage du vieux rêve juif dans une mer arabe et la naissance d'un deuxième Liban ; dans un tel Etat, les juifs seraient rapidement devenus minoritaires et le pays, pareil à tous les membres de la Ligue Arabe, aurait pris un caractère essentiellement arabe. Nokrachi Pacha, leader wafdiste dissident (Premier Ministre) se mit en contact en décembre 1947, avec l'avocat juif alexandrin Félix Benzaken, qui était connu nationaliste égyptien et sioniste. Nokrachi Pacha lui proposa de constituer un comité représentatif des communautés juives d'Egypte et d'aller aux Etats-Unis discuter avec les dirigeants du judaïsme américain des possibilités de créer en Palestine un Etat fédéral judéo-arabe. Mais les dirigeants des communautés d'Alexandrie et du Caire jugèrent qu'il était préférable pour le judaïsme égyptien de ne pas se mêler de cette affaire. Il est certain que l'Agence juive ne pouvait en aucun cas revenir sur le principe de la fondation d'un Etat juif indépendant. Pouvait-on oublier le sort des minorités dans les pays arabes ? Il faut se représenter ce qu'eût pu être le sort des juifs dans un état palestinien à majorité arabe solidaire de tous les Etats arabes voisins : ils auraient partagé le destin des Kurdes d'Irak, des chrétiens ==================== PAGE 43 ==================== du Soudan, du Nigeria ou tout simplement celui des juifs, minorité persécutée dans de nombreux pays : Liban, Chypre, l'Irlande ... Les dirigeants sionistes firent pourtant une concession de taille qui aurait pu, si elle n'avait été rejetée par les leaders arabes-palestiniens, modifier totalement les données du problème et inverser son évolution. Cette concession était l'acceptation du partage de la Palestine en deux états indépendants, arabe et juif, projet qui fut adopté ultérieurement par le vote de l'Assemblée Générale de l'ONU du 29 novembre 1947. L'armée égyptienne entra dans le conflit contre Israël en 1948 sur un ordre personnel de Farouk et à l'insu de Nokrachi Pacha, premier ministre. Le roi Farouk convoqua Haïdar Pacha, ministre de la guerre, et lui donna l'ordre d'envahir Israël le jour même de la proclamation de l'Etat. Haïdar Pacha répondit que l'armée n'était pas prête et qu'il serait dangereux de l'engager dans cette aventure dans son état actuel d'impréparation. Le roi furieux le rabroua grossièrement, lui demanda de démissionner s'il ne se sentait pas le courage d'engager le combat ; à quoi le ministre répondit qu'en tant que soldat il obéit aux ordres de Sa Majesté, mais qu'il décline toute responsabilité si ses troupes se faisaient battre par les Israéliens. Nationalité Egyptienne et Discrimination Jusqu'en 1926 seul le musulman, même étranger au pays était inscrit comme égyptien. Un chrétien était porté sur le registre des naissances comme jouissant de la nationalité chrétienne, un juif de la nationalité juive. Les lois de 1926 et de 1929 vinrent mettre fin à cet état de choses. Toutes les personnes qui pouvaient fournir la preuve de leur naissance dans une province de l'Empire ottoman, tel qu'il se délimitait avant la première guerre mondiale ; cette preuve, sur un plan pratique, ne pouvait être apportée que par les détenteurs d'un acte de naissance turc ("le nofous") ; c'est ainsi que les juifs et les chrétiens venus de l'un des pays du Proche-Orient — Syrie, Irak, Liban — étaient sur la foi de leur acte de naissance considérés comme égyptiens. L'Egypte faisait partie, légalement et juridiquement, de l'Empire ottoman jusqu'à la fin de la première guerre mondiale ; mais les non-musulmans nés en Egypte et dont les ascendants étaient nés dans ce pays devaient fournir la preuve qu'elles n'avaient détenu aucune nationalité étrangère depuis 1848, preuve bien entendu pratiquement impossible à donner. La grande majorité des juifs nés en Egypte et dont la famille y résidait depuis des siècles, se trouvèrent ainsi privés de toute nationalité et réduits au statut d'apatrides. Une partie d'entre eux parvint à résoudre le problème en acquérant, par des moyens divers, ==================== PAGE 44 ==================== une nationalité étrangère. Beaucoup obtinrent la nationalité italienne ; ils ne pouvaient fournir la naissance en Italie, mais ils se déclaraient Livournais ; les archives de Livourne ayant été, quelques années plus tôt, détruites par un incendie, aucune délégation ne pouvait être soulevée quant à la validité de leur allégeance italienne. Les non-musulmans étaient aussi privés du droit de travailler dans les divers secteurs des services de l'Etat, dans les entreprises de droit public et dans le secteur privé ; des postes se trouvaient aussi réservés exclusivement aux détenteurs de la nationalité égyptienne ou aux personnes que l'on reconnaissait comme égyptiens ; il suffisait souvent d'un nom à consonance arabe pour être considéré automatiquement comme égyptien. Lorsque Naguib arriva au pouvoir, il fit quelques tentatives pour modifier cette situation ; quelques juifs, en petit nombre, purent accéder à la nationalité égyptienne. Mais Naguib éliminé du pouvoir, Nasser remplaça le jeune espoir ; pour lui un Egyptien ne pouvait être que musulman. Les coptes, qui représentent pourtant le seul élément autochtone de la population égyptienne et sont les authentiques descendants des anciens Egyptiens, n'en sont pas moins considérés comme des citoyens de deuxième catégorie ; victimes d'un numerus clausus implacable, un grand nombre d'emplois leur restent fermés dans la fonction publique ou dans les entreprises privées ; au sein du gouvernement, enfin, ils ne peuvent être représentés que par un seul et unique ministre. Internements, expulsions, visas de sortie Lors de chacune des trois guerres israélo-arabes, en 1948, en 1956 et en 1967, la police spéciale égyptienne procède à l'arrestation et à l'internement de nombreux juifs, se basant sur des listes établies d'avance ; les biens des personnes arrêtées étaient mis sous séquestre. En 1948 sous le règne de Farouk, les personnes arrêtées furent principalement des jeunes, des militants sionistes et des membres d'organisations juives pro-sionistes. Trois mois plus tard, la plupart ont été libérés, et les séquestres levés ; Par contre, en 1956 et en 1967 sous Nasser, la répression alla crescendo. Les arrestations se firent plus nombreuses, particulièrement parmi les juifs nantis : notables, industriels, gros commerçants, banquiers, propriétaires fonciers, et au bien que la plupart fussent membres de cercles ou de clubs de classe supérieure, égyptiens ou cosmopolites, apolitiques et n'eussent jamais eu d'activité sioniste ; ils étaient simplement connus pour leur richesse. Et leurs arrestations suivies de mise sous séquestre signifiaient leur ruine, car le fisc et le séquestre se chargeaient de les dépouiller complètement.

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עמוד 7 אין הם נותנים דעתם על כך. הם סבורים כי לעולם יהיה עסקם עם "פלאחים" האמריקנים לא יכלו להיות צלולי־ראות יותר: תיאודור רוזוולט בא למצרים בשנת 1912, ובנאום מדיני הודיע למצרים כי מאתיים שנה תהיינה דרושות להם כדי להגיע לעצמאות. תגובת קהל שומעיו היתה חריפה ביותר: הופגז בעגבניות בידי הסטודנטים, ולא יכול היה להשחיל מילה בדיון שבא בעקבות הצהרתו. רוזוולט נסוג, ועזב את הארץ כבר למחרת. לאחר מותו של מוסטפא כאמל בשנת 1908, ירש אותו אחיו עלי, ודאוד חזן עמד לצדו. דאוד חזן, בנו של אליהו חזן, הרב הראשי של אלכסנדריה ומומחה לתלמוד, היה עורך־דין בבית־הדין המעורב לערעורים של אלכסנדריה. הוא היה גם קצין בצבא העות'מאני והתגאה כאשר האימפריה העות'מאנית נכנסה למלחמה לצד גרמניה בשנת 1914; הידיעה הגיעה אליו בקהיר, שם עסק בעריכת־דין. הוא פרץ בשמחה, ובהיסחפו בלהטו הלאומני ובשנאתו לכובש, השמיע דברים אנטי־בריטיים מרדניים ביותר: הוא נעצר ובית־דין צבאי בריטי דן אותו לעונש מוות. התערבותם של אישים חשובים הצילה אותו והוא שוחרר עד מהרה. חריפות דבריו ניזונה מלאומיותו המצרית ומשנאתו לכובש. יחסו של סעד זגלול פאשא להקמתו של "בית לאומי יהודי" בפלשתינה בוועידת השלום שבאה לאחר מלחמת העולם הראשונה, שבה חבר הלאומים אישר את הצהרת בלפור. באותה עת היתה התנועה הלאומית במצרים בעלת אופי מצרי טהור, בלא כל נטייה לפאן־ערביות ושאפה רק להקמת מדינה מאוחדת עם סודאן. זגלול פאשא, רחב אופקים, מודע לחשיבותו של שיתוף־פעולה עם החוץ, וכאשר לנגד עיניו רק טובת ארצו, תמך בייסודו של בית לאומי יהודי בפלשתינה. הוא ראה בקיומו של בית כזה יתרון למצרים: הוא היה משוכנע כי ידידות ושיתוף־פעולה יהודי־מצרי יכולים להתקיים ולתרום לטובה לפיתוח ארצו; ומן הצד האחר סבר כי כך יוכל להשיג את תמיכת היהודים ברחבי העולם כולו, ובארצות־הברית. עמוד 8 בייחוד; תמיכה זו יכלה לסייע לו להשיג את עצמאות מצרים. עיתונות התקופה פיתחה נושא זה. זקני אותו זמן עודם זוכרים זאת. היועץ המדיני והמשפטי היחיד, בעל תרבות אירופית, שהיה קרוב מאוד לזגלול פאשא, היה היהודי לאון קסטרו, עורך־דין מפורסם, נשיא הארגון הציוני בקהיר ונציג הסוכנות היהודית במצרים. קסטרו היה גם עיתונאי בעל כישרון רב; מאמרי המערכת שפרסם בעיתונו "La Liberté" בזכות עצמאותה של מצרים, היו מעלים את חמת השלטונות הבריטיים, עד היום שבו ציוו עליו לחדול מכתיבתו, שאם לא כן ייכלא. לאון קסטרו היה גם נשיא הלשכה הגדולה של בני ברית בקהיר, שהקיפה את כל חלקו המזרחי של אגן הים התיכון. כאשר בשנת 1948, בעקבות המלחמה הישראלית־ערבית הראשונה, נעצרו ונכלאו כל היהודים החשודים בציונות, רק לאון קסטרו לא הוטרד. אמת היא שבאותה עת נוקראשי פאשא, איש ופד מן השעה הראשונה וחברו לשעבר למאבק של זגלול פאשא, עמד בראש מועצת השרים. הוא לא יכול היה לשכוח את תרומתו של קסטרו למאבק לעצמאות הארץ. אף־על־פי־כן, הלאומיות המצרית של 1948, שנשאה אופי בין־ערבי מודגש מאוד, כבר היתה שונה מאוד מן הלאומיות של 1920. מלבד זאת, הלאומיות המצרית, כשם שגם הלאומיות הערבית בראשיתה, לא התנגדה ללאומיות היהודית בת זמנה. אדרבה, היתה בין שתי התנועות הלאומיות הללו אהדה הדדית ואף מידה מסוימת של סולידריות. כמה יהודים רמי־מעלה הצטרפו אל התנועה הלאומית שהנהיג זגלול פאשא. יש להדגיש כי לא כל היהודים שישבו במצרים היו משום כך מצרים. אלה שהשתייכו למושבות האירופיות, וכמו בני ארצותיהם, היו אדישים ללאומיות המצרית; ואילו היהודים המצרים, או היהודים שמוצאם מצפון אפריקה, מן האימפריה העות'מאנית ומן המזרח הקרוב, עמדו בלב שלם לצד בני ארצם המצרים. מנהיגים יהודים מצרים נטלו חלק פעיל במאבק הלאומי. יוסף אסלאן קטאווי פאשא: נשיא הקהילה היהודית של קהיר, אף שלא השתייך לשום מפלגה מדינית, שירת את ארצו במידה רבה מאוד. מעטים הם המצרים שעשו למען ארצם כפי שעשה יוסף אסלאן קטאווי פאשא, הן בתחום המדיני והן בתחום הכלכלי. ציר עמוד 9 ולאחר מכן סנאטור, היה פעמים אחדות שר, נשיא המשלחת המצרית לקונגרס פרלמנטרי בינלאומי, וכו'... אליאן ז'. פינבר, סופר צרפתי, לשעבר פטריוט מצרי יהודי, יליד פלשתינה, נטל חלק במאבקו של זגלול פאשא למען עצמאות הארץ. פינבר העמיד לרשות מאבק זה את עטו החד, שהעלה על נס את הפטריוטיות המצרית ואת מנהיגה זגלול פאשא, שאליו קשרוהו קשרים ארוגים מהערצה, מסירות וידידות. פינבר הקדיש לזגלול פאשא רומן, "Hussein", לתפארת מרד מצרים נגד הכיבוש האנגלי בשנת 1921; הבריטים ניסו להוציא את הרומן ממחזור ההפצה בכך שקנו את כל העותקים שהיו בנמצא, אולם בכך רק הביאו את המו"לים (Grasset) להוציא את הספר מחדש. פינבר היטיב לעשות כל־כך במאבקו נגד הבריטים, עד שאלה, שקצו בו, סיימו בגירושו ממצרים; הוא לא יכול היה לשוב אליה אלא בשנת 1932 כדי לראות את אמו בפעם האחרונה. לאון קסטרו, עורך־דין, נשיא הארגון הציוני של קהיר, נציג הסוכנות היהודית במצרים, בחזית המאבק לעצמאות, ייסד יומון בשפה הצרפתית, "La Liberté", ובו פרסם מאמרי מערכת לוהטים שהעלו על נס את הפטריוטיות המצרית והיכו גלים עד מעבר לגבולות. כיועצו של זגלול פאשא היה דוברו בצרפתית. משאוים במעצר בידי הבריטים, נאלץ לשים קץ לפעילותו העיתונאית. פליקס בנזקן, יליד טנטה בשנת 1895, עשה קריירה ארוכה כעורך־דין. 45 שנים בלשכה הלאומית ובלשכה המעורבת. הוא היה אחד מעורכי־הדין שהורשו להופיע לפני בית־המשפט לקאסציה הלאומי בעת ייסודו, בשנת 1934. ציונותו לא מנעה ממנו להיות פטריוט מצרי כן, וליטול חלק, בשורות הוופד, במאבק נגד הכיבוש הבריטי ונגד המשטר האנטי־דמוקרטי שבו תמך. שופט־מסייע בבית־הדין הרבני של אלכסנדריה, ויועצה המשפטי של הקהילה היהודית בעיר זו, פעל בהצלחה לכך שהערכאות החילוניות והמינהל יכירו בקיומן החוקי של הערכאות הרבניות, וממילא בתוקף החלטותיהן. לשם כך הציג את עקרונות הקוראן עצמם, ואת ההכרזה המפורסמת שנשא עמר אבן אל־עאץ בעת כיבוש מצרים בשנת 663, ובה התחייב לכבד את עצמאותן המשפטית של הקהילות הדתיות. עמוד 10 — גרסה א ולאחר מכן סנאטור, היה פעמים אחדות שר, נשיא המשלחת המצרית לקונגרס פרלמנטרי בינלאומי וכו'... אליאן ז'. פינבר, סופר צרפתי, לשעבר פטריוט מצרי יהודי, יליד פלשתינה, נטל חלק במאבק שהנהיג זגלול פאשא למען עצמאות הארץ. פינבר העמיד לשירות מאבק זה את עטו החד, שהעלה על נס את הפטריוטיות המצרית ואת מנהיגה זגלול פאשא, שאליו קשרוהו קשרים ארוגים מהערצה, מסירות וידידות. פינבר הקדיש לזגלול פאשא רומן, "Hussein", לתפארת מרד מצרים נגד הכיבוש האנגלי בשנת 1921; הבריטים ניסו להוציא את הרומן ממחזור ההפצה בכך שקנו את כל העותקים שהיו בנמצא, אך בכך רק הביאו את המו"לים (Grasset) להוציא את היצירה מחדש. פינבר עשה כה רבות במאבקו נגד הבריטים, עד שאלה, שקצו בו, סיימו בגירושו ממצרים; הוא לא יכול היה לשוב אליה אלא בשנת 1932 כדי לראות את אמו בפעם האחרונה. לאון קסטרו, עורך־דין, שכבר הוזכר, נשיא הארגון הציוני של קהיר, נציג הסוכנות היהודית במצרים, בחזית המאבק לעצמאות, ייסד יומון בשפה הצרפתית, "La Liberté", ובו פרסם מאמרי מערכת לוהטים שהעלו על נס את הפטריוטיות המצרית והיכו גלים עד מעבר לגבולות. כיועצו של זגלול פאשא היה דוברו בצרפתית. משאויים במעצר בידי הבריטים, נאלץ לשים קץ לפעילותו העיתונאית. פליקס בנזקן, יליד טנטה בשנת 1895, עשה קריירה ארוכה כעורך־דין — 45 שנה בלשכה הלאומית ובלשכה המעורבת. הוא היה אחד מעורכי־הדין המעטים שהורשו להופיע לפני בית־המשפט הלאומי לקאסציה בעת ייסודו, בשנת 1934. ציונותו הנלהבת לא מנעה ממנו להיות פטריוט מצרי כן וליטול חלק, בשורות הוופד, במאבק נגד הכיבוש הבריטי ונגד המשטר האנטי־דמוקרטי שבו תמך. שופט־מסייע בבית־הדין הרבני של אלכסנדריה ויועץ משפטי לקהילה היהודית בעיר זו, פעל בהצלחה לכך שהערכאות החילוניות והמינהל יכירו בקיומן החוקי של הערכאות הרבניות, וממילא בתוקף החלטותיהן. לשם כך הביא את עקרונות הקוראן עצמם ואת ההכרזה המפורסמת שנשא עמר אבן אל־עאץ בעת כיבוש מצרים בשנת 663 ובה התחייב לכבד את עצמאותן המשפטית של הקהילות הדתיות. עמוד 10 — גרסה ב פליקס בנזקן טען ברוב המשפטים המדיניים שבהם היו מעורבים בני דתו. יש להזכיר בייחוד את המשפט שבו הגן על קבוצת תלמידים צעירים מבתי־הספר היהודיים של אלכסנדריה, שנשפטו על שום שנהגו להגיע לסביבות הקונסוליה הגרמנית כדי לגדף את הקונסול בשעה שמכוניתו חלפה ולבזות את הדגלון ההיטלראי. כולם זוכו. כמו כן, פליקס בנזקן טען למען עיתון יהודי, מוריס פרז'ון, שהואשם כי כתב על אמו של היטלר, בביוגרפיה של הלה, כי עסקה בזנות. פרז'ון נידון בערכאה הראשונה לשלושה חודשי מאסר, ערער, ועונשו הופחת לקנס בלבד; דבר שלא נמנע מלעורר, אף־על־פי־כן, את מחאת הממשלה הגרמנית. במלחמה הישראלית־ערבית של 1948, הצליח פליקס בנזקן להביא לביטול, על־ידי בית־המשפט לקאסציה, של החלטת בית־הדין לפשעים חמורים באלכסנדריה, אשר דן לשלוש שנות מאסר צעיר יהודי שהואשם כי רמס בפומבי את דיוקנו של פארוק ואת דיוקנאות שאר המלכים הערבים. הצעיר זוכה. מאסטר בנזקן היה אהוד מאוד בחוגים הערביים, שרחשו לו כבוד רב, בייחוד מאז היום שבו, הודות להתערבות נמרצת אצל לויד ג'ורג', ראש ממשלת בריטניה, הצליח להביא להמתקת עונש המוות שהטיל בית־דין צבאי בריטי על נער מצרי בן שש־עשרה. בשנת 1932, ממשלתו של סידקי פאשא, עוינת לוופד ותומכת בבריטניה הגדולה, עצרה באשמת הסתה למהומות את שני מנהיגי הוופד של אלכסנדריה ושרים לשעבר: עבד אל־פתאח אל־טוויל פאשא ובדר ביי; מאסטר בנזקן היה אחד משלושת עורכי־הדין שמינתה לשכת עורכי־הדין של אלכסנדריה, אשר הגנו עליהם והשיגו את שחרורם. כנשיא האגודה הציונית הרוויזיוניסטית באלכסנדריה, ארגן את קבלת הפנים המפוארת שנערכה בתיאטרון אלהמברה לכבוד ז'בוטינסקי, בעת ביקורו בעיר זו. הוא ייסד, בשיתוף עם ז'אק רבין, את השבועון היהודי "La Tribune Juive"; מאמרי המערכת שפרסם בעיתון זה הקנו לו קהל קוראים רחב. פליקס בנזקן לא הוטרד בשנת 1948; אולם בעת משבר סואץ בשנת 1956 הוא עמוד 11 נעצר בשל פעילותו הציונית. משנצטווה לעזוב את מצרים, חב את שחרורו להתערבותו של הרב הראשי נחום אפנדי. הוא נשאר במצרים עוד ארבע שנים, והפעיל את השפעתו כדי להגן על בני דתו שנפגעו שלא כדין מן המיסוי או המשטרה הפוליטית. בסוף שנת 1960, מששוכנע כי מצרים, בהנהגת שליטה נאצר, נוטה אל הדמגוגיה הגרועה ביותר, עזב בלב כואב את ארץ מולדתו ואת בני ארצו שאותם אהב כל־כך, כדי לחיות אצל בנו היחיד, רופא בארצות־הברית. אנטישמיות מתהווה וחוקים מפלים עם תום המלחמה, שבה התעמולה האנטישמית והתעצמה, והממשלה המצרית חוקקה חוקים שנועדו לחזק את אופייה החד־לאומי של הארץ. חוק על האזרחות המצרית היה קיים מאז 1929. הוא שלל את אזרחותם של יהודים ונוצרים רבים, אך מבלי לפגוע, לפי שעה, בפעילותם המקצועית. מכוח חוק זה, יהודים רבים שנולדו במצרים ושמשפחותיהם חיו בה זה דור אחד או כמה דורות, מצאו עצמם לפתע נחשבים לזרים, לחסרי־אזרחות. אולם לאחר מלחמת העולם, פורסם חוק חדש שחייב משרדים ומפעלים פרטיים להגביל את עובדיהם הזרים למכסה מצומצמת מאוד כדי לפנות משרות ל"מצרים האמיתיים". בענפים אלה היו העובדים היהודים רבים במיוחד, ומיום אחד למשנהו פוטרו ונושלו מאמצעי מחייתם. היתה זו טרגדיה לרבים, ובייחוד לאלה שנשאו בעול משפחה. לכל אלה לא נותר פתרון אחר אלא ההגירה. הנזקקים ביותר קיבלו סיוע מן הקהילה היהודית כדי להגיע למרסיי, בסך שתי לירות לאדם. סיוע זה פורש בידי הממשלה המצרית כעידוד להגירת יהודים לפלשתינה, ומכתב נזיפה ברוח זו, חתום בידי תת־שר המדינה לענייני פנים, נשלח אל מועצת הקהילה הישראלית בקהיר. מר X, חבר מועצת הקהילה ומי שהכיר אישית את תת־השר שחיבר את המכתב, בא אליו כדי להסביר את העניין. הפקיד הבכיר קיבלו מיד אף שהיה בישיבה עם שני אנשים, שאחד מהם לא היה אלא חאג' אמין אל־חוסייני המפורסם, המופתי לשעבר של ירושלים. תת־השר הציג בפניהם את מר X. עמוד 12 נעצר בשל פעילותו הציונית. משנצטווה לעזוב את מצרים, חב את שחרורו להתערבותו של הרב הראשי נחום אפנדי. הוא נשאר במצרים עוד ארבע שנים, והפעיל את השפעתו כדי להגן על בני דתו שנפגעו שלא בצדק מן המס או המשטרה הפוליטית. בסוף שנת 1960, מששוכנע כי מצרים, בהנהגת שליטה נאצר, נוטה אל הדמגוגיה הגרועה ביותר, עזב בלב פצוע את ארץ מולדתו ואת בני ארצו שאותם אהב כל־כך, כדי לחיות אצל בנו היחיד, רופא בארצות־הברית. אנטישמיות מתהווה וחוקים מפלים עם תום המלחמה, שבה התעמולה האנטישמית והתעצמה, והממשלה המצרית חוקקה חוקים שנועדו לחזק את אופייה החד־לאומי של הארץ. חוק על האזרחות המצרית היה קיים מאז 1929. הוא שלל את אזרחותם של יהודים ונוצרים רבים, אך מבלי לפגוע, לפי שעה, בפעילותם המקצועית. מכוח חוק זה, יהודים רבים שנולדו במצרים ושמשפחותיהם חיו בה זה דור אחד או כמה דורות, מצאו עצמם לפתע נחשבים לזרים, לחסרי־אזרחות. אולם לאחר מלחמת העולם, פורסם חוק חדש שחייב משרדים ומפעלים פרטיים להגביל את עובדיהם הזרים למכסה מצומצמת מאוד כדי לפנות משרות ל"מצרים האמיתיים". בענפים אלה היו העובדים היהודים רבים במיוחד, ומיום אחד למשנהו פוטרו ונשללו מאמצעי מחייתם. היתה זו טרגדיה לרבים, ובייחוד לאלה שנשאו בעול משפחה. לכל אלה לא נותר פתרון אחר אלא ההגירה. הנזקקים ביותר קיבלו סיוע מן הקהילה היהודית כדי להגיע למרסיי, בסך שתי לירות לאדם. סיוע זה פורש בידי הממשלה המצרית כעידוד להגירת יהודים לפלשתינה, ומכתב נזיפה ברוח זו, חתום בידי תת־שר המדינה לענייני פנים, נשלח אל מועצת הקהילה הישראלית בקהיר. מר X, חבר מועצת הקהילה ומי שהכיר אישית את תת־השר שחיבר את המכתב, בא אליו כדי להסביר. הפקיד הבכיר קיבלו מיד אף שהיה בישיבה עם שני אנשים, שאחד מהם לא היה אלא חאג' אמין אל־חוסייני המפורסם, המופתי לשעבר של ירושלים. תת־השר הציג בפניהם את מר X. עמוד 13 כמבקר אירופי, וכך אירע שהיה נוכח בהמשך השיחה. מה גדולה היתה תדהמתו לשמוע את אל־חוסייני מציע לחוקק חוק המחייב את היהודים לענוד, ממש כמו בגרמניה של היטלר, סרט צהוב המסומן במגן דוד. לאחר שיצאו האורחים המשונים הללו, הביט תת־השר במר X בחיוך ואמר לו: "שמעת מה דורשים הכלבים האלה?" מבלי להתעכב על הנושא, הציג מר X את מטרת ביקורו, והצדיק את הסיוע שהעניקה הקהילה הישראלית למהגרים היהודים במסעם עד מרסיי, את סכומו ואת תנאי קבלתו. ממרסיי והלאה היו המהגרים אדונים לגורלם ויכלו להמשיך בדרכם לאן שיחפצו מבלי שמועצת הקהילה תוכל להתערב. אחדים נסעו לפלשתינה, אחרים היו בידיהם חוזים ישירים או היו להם קרובים או ידידים. אז הדגיש מר X את העיקר: פרסום חוק העבודה הפך את האנשים הללו למובטלים מיואשים העלולים לאיים על הסדר הציבורי. לסיכום ביקש מר X מתת־שר המדינה לבטל את מכתב הנזיפה שנשלח לקהילה הישראלית. ראש הממשלה אסמאעיל סידקי פאשא, אחד מאנשי המדינה הידועים ביותר במצרים, שנודע ברוחב אופקיו, נתן בתוך שעה פקודה להעביר לקהילה הישראלית מכתב המבטל את הראשון ומביע לה את ברכות ממשלת מצרים על שפעלה לטובת הארץ. התפתחות הלך־הרוח של המצרים כלפי היהודים: איכות היחסים היתה תחילה מצוינת, ולאחר מכן הידרדרה עד שהגיעה לבסוף למהפך מוחלט ולאנטישמיות חריפה בגילוייה הנתעבים ביותר. אנגליה והידרדרות מצב היהודים במצרים מצב היהודים במצרים הידרדר בתקופת כיבוש הארץ בידי הבריטים ובתקופת המנדט שלהם על פלשתינה. מצבם הלך מדחי אל דחי בשל המהומות בפלשתינה בין יהודים לערבים וגם בשל פעולות המדיניות הקולוניאלית הבריטית; שני הגורמים הללו היו קשורים מאוד זה בזה. המינהל הבריטי האנטי־יהודי בפלשתינה קיים קשרים הדוקים עם המינהל הבריטי במצרים. הפקידים שישבו בשתי הארצות חלקו אותן השקפות ואותן אמונות באשר לאינטרסים של בריטניה הגדולה באזור זה של העולם, וסברו כי יש ליישם את האמרה המסורתית: הפרד ומשול. לא הלאומיות היא שבמצרים יצרה או ביקשה ליצור עוינות כלפי הציונות, ובהשלכה כלפי יהודי מצרים. לא הציונות ולא העלייה לפלשתינה בתקופת עמוד 14 המנדט, לא הסכסוך המזוין הישראלי־ערבי, ולא שאיפותיו של נאצר, הם לבדם שגרמו להידרדרות מצב היהודים במצרים; אמנם, אלה גורמים שאין להכחישם, הקשורים הדוקות זה בזה, אולם הם עצמם נובעים מסיבות אחרות פחות גלויות אך עמוקות הרבה יותר, שמקורן חוזר יותר מחמישים שנה לאחור. בריטניה הגדולה היתה המעצמה הראשונה שמילאה תפקיד מכריע במזרח הקרוב; גרמניה הנאצית ואיטליה הפשיסטית ניסו לרשת אותה. לאחר מכן הגיע תורן של ברית־המועצות ושל ארצות־הברית. מעצמות אלה נאבקו על ההגמוניה באזור, על ניצחון האידאולוגיות שלהן, ובעיקר כדי לזכות בנפט. מאז שנפט המדינות הערביות קיבל את החשיבות הידועה לנו, הפך הוא למעשה לאחד הגורמים היסודיים בסכסוך הישראלי־ערבי. עד כדי כך ששומעים תכופות כי אילו לא היה נפט במזרח הקרוב לא היתה נוצרת מעולם הבעיה הישראלית־ערבית. המאבק נגד הכיבוש הבריטי לאחר מלחמת העולם הראשונה, מצרים, מתוך התעוררות לאומית, נכנסת למאבק נגד הכיבוש הבריטי. היתה זו התפרצות פטריוטית כללית, שסחפה את כל שכבות האוכלוסייה: סטודנטים, פועלים, איכרים, פקידים, רופאים, עורכי־דין, מורים, שופטים, ובייחוד, ולא בפחות להט, הנשים (לראשונה ניתן היה לראות נשים מצריות מוסלמיות מפגינות ברחוב); היהודים לא נעדרו מן המאבק הזה, להפך; יהודים נודעים הצטיינו בו. בימי זגלול פאשא, גם כאשר [הקריאה משובשת], היו ההפגנות עזות, אפילו כאשר החיילים הבריטיים שנשלחו לפזר את המפגינים ירו אל ההמון. במשך עשרות שנים נאבקו אינטלקטואלים צעירים לשחרר את ארצם מן המשטר הפיאודלי ומן הכיבוש הבריטי. אחדים נכנסו להיסטוריה: עוראבי פאשא, אבו נדארה (יהודי), השייח' אל־אפגאני, השייח' מוחמד עבדה, מוסטפא כאמל, דאוד חזן (יהודי), ואחרים. אבל רק בשנת 1918 קיבל המאבק לעצמאות ממד עממי באמת וזכה בתנופה חדשה בהנהגת נואם גדול, בעל לשון בוערת: זגלול פאשא. יהודי מצרים והסכסוך הישראלי־מצרי היחסים הטובים בין יהודים למצרים יכלו להימשך אלמלא השפעת האירועים בפלשתינה והניצול השיטתי שלהם. עמוד 15 חלק הארי של האחריות נפל על המעצמות הזרות, אשר [גרמו] למיליטריזציה של הסכסוך הישראלי־ערבי. בתמרוניהן ובתעמולתן חפרו בפלשתינה תהום בין יהודים לערבים, אך ורק כדי לשמור על ההגמוניה שלהן, על אפשרויות ההתפשטות שלהן, וכמובן על האינטרסים הנפטיים שלהן. בריטניה בעלת המנדט, באמצעות פקידיה בפלשתינה ובמשרד המושבות, בראשם הגנרל סטורס, מושל ירושלים, פעלה לפלג, למרות הצהרת בלפור, בין יהודים לערבים כדי לשמור את השליטה בארץ. היו אלה התמרונים הבריטיים הללו שגרמו למהומות הראשונות ולאלימות האנטי־יהודית בפלשתינה. אירועים אלה נעשו אז לנושא של מסע תעמולה, שלא פסח על מצרים, והיו לגרעינים הראשונים של השנאה האנטי־יהודית בזמן שארצות אלה היו נתונות בסערה לאומית עזה. שנאה זו תהיה בסופו של דבר תוצאת התעמולה האנטישמית שהופצה בתקופה שבין שתי המלחמות בידי האנגלים מצד אחד, ולאחר מכן בידי הנאצים שהתיישבו במצרים, ומן הרדיו של ברלין מאז המלחמה. היא היתה גם בחלקה תוצאה של הקנאות הדתית של האחים המוסלמים. משנת 1933 ועד ספטמבר 1939 עשו הנאצים שהתיישבו בקהיר מלאכת חבלה של ממש שהקיפה את כל המזרח הקרוב. מטהם החזיק משאבים כספיים ניכרים וכוח אדם מיומן שהגיע מברלין. באותה עת הציגה מצרים, הנאבקת באנגליה, קרקע נוחה לתעמולה הנאצית. למעשה, כל אויב של אנגליה נעשה אוטומטית לידיד בעיני המצרים. מצב רוח זה אפשר לתעמולה הנאצית לזכות ברוב העיתונים הערביים, בסטודנטים, בסגלי הצבא, בכמה מאנשי המדינה, בעולמא, וכמובן, בהמון העם. המלחמה שמה קץ לתעמולה זו; המאבק לעצמאות, שהואט לזמן־מה, התחדש בעוז עם תום מעשי האיבה. הוא עתיד היה להביא לעצמאותה המלאה של הארץ, ולאחר מכן לנפילת המלוכה, לעלייתו — בחסות התקוות המבטיחות ביותר — של משטר צבאי מהפכני בהנהגת נגיב, ולבסוף לדיקטטורה הנאצריסטית. אך אל נקדים את המאוחר: מלחמת העולם, ששמה קץ לתעמולה הנאצית, לא שמה קץ לתעמולה האנטי־יהודית. למעשה הנושאים העיקריים של תעמולה זו אומצו מחדש בידי האנגלים במאבקם בהתקפות היהודים בפלשתינה, מצד אחד, ובידי הלאומנים המצרים שנעשו אנטי־יהודים ושבו למאבקם בעוז נגד אנגליה מצד אחר. האנטי־יהדות של האנגלים היתה, יותר משהיתה אנטישמיות של ממש, מאמץ מחוכם להפנות את העם המצרי עמוד 16 נגד היהודים את איבתו האנטי־בריטית. הקנאות החריפה של המפלגה המדינית־דתית של "האחים המוסלמים" הטילה אף היא משקל רב בכף; מפלגה זו, שנולדה בפלשתינה, בהנהגת המופתי של ירושלים, זכתה במהירות באיש הרחוב במצרים. כאשר מפלגת "האחים המוסלמים" פורקה ורכושה הוחרם בידי ראש הממשלה נוקראשי פאשא, שילם הלה בחייו על העזתו. עורך־דין צעיר, אחמד חוסיין, ביקש עם "החולצות הירוקות" שלו — קבוצה צבאית־למחצה — לרשת את מקומם. בינואר 1952, שרפה שסיבותיה מעולם לא נקבעו רשמית (מדברים במעורפל על "טרור קומוניסטי") כוונה בייחוד נגד היהודים העשירים והאנגלים, והחריבה בקהיר בניינים וחנויות שהיו בבעלות יהודים. מוסדות אלה סומנו מראש. שלטונו של פארוק פארוק היה בן שש־עשרה בלבד כאשר נקרא לרשת את אביו. הוא חזר מלונדון, שם למד זה שנה. הכתרת המלך הצעיר נחוגה בשמחה. העם קיווה לבואה של תקופה של חירות, דמוקרטיה ושגשוג. למרבה הצער, האוכלוסייה לא איחרה להתפכח. חולשותיו הגדולות של המלך היו צעירותו, ובעיקר חוסר ניסיונו, שנוצלו במידה רבה בידי סביבתו. [הערה בעברית] עד מהרה מצא עצמו מוקף בנחיל של חצרנים, אשר, מתוך רצון לזכות בחסדו ולמלא את קופותיהם, החניפו לנטיותיו הטבעיות ועודדו אותו להשביע את תאוותיו הקטנות ביותר, אפילו הגופניות ביותר; ואילו בענייני מדיניות נתנו לו טעם בשלטון אוטוקרטי. במדיניות החזיק למעשה בכל הסמכויות. הוא נפטר משריו לפי מצב רוחו. לבסוף נעשה בלתי־אהוד מאוד ועורר את חמת הצבא כאשר הביא להריגתו של קצין צעיר כדי לגזול ממנו את אשתו. כל הגורמים הללו מסבירים את ההצלחה הקלה שהשיגו הקצינים המהפכנים שהביאו את פארוק לוותר על כסאו. כלפי היהודים הושפעה מדיניותו של פארוק במידה רבה מסביבתו, שהיתה מורכבת מחצרנים רבים ממוצא לבנוני או סורי, והיתה עוינת ליהודים. פארוק תמך בשנת 1948 במלחמה נגד ישראל, למרות עצותיהם של אנשי מדינה ותיקים, כגון אסמאעיל סידקי פאשא, ראש ממשלה לשעבר. פארוק היה בטוח בניצחון הצבא המצרי וסבר שניצחון יעניק לו יוקרה שאין עליה עוררין. אבל עמוד 17 לפני פרוץ מעשי האיבה הצהיר כי חייהם ורכושם של היהודים במצרים יוגנו. בשנת 1948 היה הוא עצמו שנתן את האות למתקפה נגד ישראל [בניגוד?] לעצת שריו. כאשר המצב התפתח לרעת הערבים ובראש ובראשונה לרעת המצרים, ההבטחה להגן על יהודי מצרים, שנתן פארוק, נשכחה עד מהרה. ראש הממשלה נוקראשי פאשא ניהל את המעצרים נגד יהודי מצרים ופרסם צו שחייב אותם לעזוב מיד את הדירות שנמצאו בשכונות הסמוכות למשרדי הליגה הערבית, שבאותה עת היו מצויים במרכז רובע מגורים בורגני למדי. כמה משפחות מצאו עצמן חסרות קורת־גג מיום אחד למשנהו, מבלי לדעת לאן לפנות. הצו בוטל בחשאי לאחר התערבותו של הנונציו האפוסטולי. עם זאת, המרירות והזעם של הציבור המצרי היו חריפים ככל שהביטחון בניצחון היה רב יותר. כפיצוי הפנה ההמון את שנאתו כלפי היהודים המצרים. הנלהבים ביותר היו "האחים המוסלמים". עבור יהודי מצרים היתה זו ראשיתה של תקופה אפלה מאוד, שבמהלכה כמעט הצליחו "האחים המוסלמים" לשנות את אופיו של העם המצרי, בהסיתם אותו לאלימות, לקנאות ולדיכוי מתוך חזון פאן־אסלאמי של טיפשות. עוד לפני מעשי האיבה כבר הקימו "האחים המוסלמים" צבא כדי להשתתף בפלישה לפלשתינה. שליחיהם ערכו ביקורים וביקשו תרומה כספית מכל מיני אנשים, אפילו מיהודים. אם אחד מהם סירב לציית, איימו לדווח על סירובו לשהאב אל־בנא, מעין רספוטין שהכול פחדו ממנו במצרים. "האחים המוסלמים" הגיבו באלימות רבה לחדשות על תבוסת הצבאות הערביים. הם הציתו ובזזו חנויות יהודיות. הם עשו לינץ' בזוג תיירים אמריקנים. מורה צרפתי להתעמלות, שנקלע לשדרה גדולה בקהיר, נקרע ממש לגזרים. בשנת 1952, כאשר השרפה השתוללה בקהיר ובלעה, בין השאר, את מלון שפרד'ס המפורסם, אירח פארוק לארוחת צהריים את קציני הצבא המצרי. נגד מי כוונה השרפה אם לא נגד האנגלים תחילה ונגד היהודים לאחר מכן, בהסתת אחמד חוסיין, מנהיג החולצות הירוקות, שעשה את לימודיו אצל היטלר (אחמד חוסיין ניצל בקושי מגזר־דין מוות הודות לעליית נאצר לשלטון). עמוד 18 [?] הודח מתפקידיו בידי פארוק, ופינה את מקומו לעלי מאהר פאשא, אשר פיצה את הקורבנות היהודים ברובם. מהפכת הקצינים של 1952 מהפכת הקצינים ששמה קץ לשלטונו של פארוק עוררה תקווה גדולה בארץ, ובייחוד בקרב האוכלוסייה היהודית. במשך למעלה משלושים יום לא דיברו אלא על נגיב, ותהו מי הם הקצינים האחרים. כאשר פורסמה לבסוף תמונתם, היתה הפתעה לגלות שהם קצינים צעירים, בלתי־מוכרים לחלוטין, ובכללם הקולונל נאצר, שהיה למעשה המנוע האמיתי של המהפכה. נגיב הקפיד להביע, בהזדמנויות שונות, את ההערכה שרחש ליהודים; הוא ביקר במוסדות הקהילה, בבתי־ספר, בבתי־חולים ובבתי־כנסת, הן בקהיר והן באלכסנדריה. בשנת 1952 הופיע בבית־הכנסת הגדול בקהיר ביום הכיפורים. בביקורו בבית־החולים באלכסנדריה קיבל את פניו עורך־הדין פליקס בנזקן, דובר מועצת הקהילה. כל עוד עמד נגיב בראש הארץ, אחווה שררה בין יהודים למוסלמים. כמעט שלא עבר יום מבלי שקם מפעל תעשייתי או מסחרי חדש שמומן בידי יהודים, שלא נמנעו מלשתף בו את בני ארצם המוסלמים. לאחר שהודח נגיב, מצא נאצר בסכסוך הערבי־ישראלי אמצעי לאחד את האומות הערביות תחת הנהגתו, בהציגו עצמו כמנהיג המלחמה הקדושה נגד ישראל. היטלר מצא באנטישמיות אמצעי לרכז אליו את כל הגרמנים ואת האנטישמים בעולם כדי לזרוע חתרנות בארצותיהם שלהם. על אותו דגם סבר נאצר כי חורבן ישראל, שאותו נטל כמעט כולו על עצמו, יוכל לעורר הסכמה כללית של הערבים ולהבטיח לו שלטון מלא. אולם בניגוד להיטלר, נאצר לא טיפח שום רגש של שנאה אמיתית כלפי היהודים. היה זה חשבון קר שנועד לשרת את שאיפתו לבנות אימפריה ערבית (ראו ספרו של נאצר, "הפילוסופיה של מהפכה"). תרומת היהודים להתפתחותה המודרנית של מצרים הקהילות היהודיות החשובות והעתיקות ביותר במצרים היו אלה של קהיר, הבירה, ושל אלכסנדריה. קהילות אחרות, שקיומן חזר רחוק מאוד בזמן, התקיימו גם בערים הבאות: במצרים התחתונה — דמנהור, מית גמר, בנאה, מחלה אל־כוברה, מנסורה, טנטה וזגזיג. במצרים העליונה היו משפחות יהודיות, אך מעטות במספר. לכל אחת מקהילות אלה היו בתי־כנסת, רבנים, בתי־ספר ושירותים סוציאליים משלה. עמוד 19 הערבית היתה שפת האם של רוב המשפחות ממוצא מצרי. בכמה בתי־כנסת בפרובינציה התפללו המתפללים בערבית, והתלבשו כמו הפלאחים, עד כדי כך שהיה קשה להבחין ביניהם. חלק מבני קהילות אלה דיברו "לדינו". רק מיעוט שבא מאירופה המזרחית דיבר "יידיש". תרומה כללית כבר במאה הי"ט, ובהתחשב בכך שהיו מיעוט קטן, תרומתם של יהודי מצרים להקמת המבנה המודרני של מצרים היתה רבה ויסודית בכל התחומים, בפעילות החקלאית, התעשייתית, המסחרית, הפיננסית, התרבותית והמדעית. ראשית יש להזכיר את המשפחות שחבריהן, דור אחר דור, נטלו חלק חשוב בהתפתחותה של מצרים בת־זמננו. אלה המשפחות: סוארס, קטאווי, מנשה, מוסרי, רולו, עדה וציקורל — וכן היחידים שגם הם תרמו תרומה שאינה פחותה בחשיבותה; ביניהם: אלי פוליטי, יוסף סמוחה, ד"ר יצחק ג' לוי, יוסף דה פיצ'וטו ביי, יצחק ואנה, מארק ביידלו ביי, האחים יוסף דיקלי ביי ומואיז דיקלי ביי, בלום פאשא, ויקטור הררי פאשא, וכו'. למשפחות סוארס, קטאווי, מנשה, מוסרי ורולו יש לזקוף את הקמתן ופיתוחן, כולן או בחלקן, של החברות החשובות הבאות: בתי־הסוכר ובתי־הזיקוק של מצרים, חברת ואדי קומ־אומבו — החברה החקלאית המצרית הגדולה ביותר —, אחוזת קדח־פדל — חקלאות, חברת מסילת־הברזל של חלואן, חברת מסילות הברזל של הדלתה, זו של מסילת קנה־אסואן, שירות התחבורה העירונית הראשון בקהיר שנקרא "Arabait Suarès" (האומניבוסים של סוארס), החברה לבניית פרבר המגורים מעאדי ליד קהיר. חברת "Salt and Soda", החברה החקלאית המצרית, החברה המלכותית לחקלאות, הקרדיט הפונסייה המצרי, New Egyptian Company Ltd, Commercial Bank of Egypt, Agricultural Bank of Egypt וחברת המים של טנטה. יש מי שיוכל להשיב כי האנשים שנכנסו לעסקים אלה עשו זאת לטובתם שלהם; אמת היא, אך אין בכך כדי לגרוע מאומה מזכותם. אין לשכוח, אכן, שהשקעת הון במפעל חדש כרוכה במידה מסוימת של סיכון, וכי הצלחה סופית לעולם אינה מובטחת. כדי להיכנס למפעל כזה דרושים, נוסף על רוח היוזמה, אומץ מסוים לעמוד בפני הקשיים האפשריים; מפעלים אלה עמוד 20 התעשייתיים והמסחריים סיפקו עבודה ומחיה לעשרות אלפי פועלים מצרים. לבסוף, ההון שהושקע לא היה תמיד מצרי. בני סוארס, קטאווי, מנשה, מוסרי ואחרים הצליחו, ביוזמותיהם ובקשריהם בעולם הפיננסי שבחוץ, למשוך הון לא־מצרי שהושקע בארץ. ועולה השאלה מדוע, למרות העושר העצום שהיה בידיהם, לא נכנסו המצרים שאינם יהודים, באותה תקופה, לדרך התיעוש. תרומה כלכלית — משפחת ציקורל מורנו ציקורל, מייסד בתי־הכלבו הגדולים "ציקורל" בקהיר. בניו סלומון ויוסף וסלבדור פיתחו את המפעל המסחרי שלא איחר להיעשות ל"בתי־הכלבו הגדולים ציקורל". סלומון ייסד בית־ספר מקצועי. אחת מבנותיו של סלומון ציקורל נישאה לנשיא מנדס־פראנס. בשנת 1920 היה יוסף נשיא הארגון הציוני בקהיר, ממייסדי בנק מיסר ואחד המנהלים־המורשים שלו. לאחר מות שני אחיו, נשאר סלבדור בראש החנויות שכבר היו קיימות ופתח את בתי־הכלבו העממיים "Oreco". המלך פואד העלה אותו לדרגת ביי. הוא היה חבר במשלחת הרשמית שנסעה לסודאן כדי לחזק את היחסים המסחריים עם הארץ ההיא. במשך זמן רב ישב בוועדת לשכת המסחר המצרית. הוא היה שופט־מסייע בבתי־הדין המעורבים. כספורטאי: אלוף בסיף, ייצג בכבוד את מצרים במשחקים האולימפיים של 1928. לאחר כינון המשטר החדש במצרים, קציני המהפכה פנו לעיתים קרובות לסלבדור ציקורל וביקשו ממנו עצות בעניינים כלכליים. הוא היה גם נשיאה האחרון של הקהילה הישראלית בקהיר. משפחת סוארס האחים יוסף, פליקס ורפאל עמדו בראשיתם של מפעלים רחבי־היקף שקידמו את ההתפתחות הכלכלית של מצרים. פליקס סוארס היה ידוע היטב בנדיבותו כלפי נזקקים, בלא הבחנה של גזע או דת. מוצאו, מצרי, היה מן הרובע היהודי (Haret El Yahoud); כינו אותו "Abou El Hassawe" [הערה בעברית]. במותו ביכו אותו תושבי קהיר, מוסלמים, נוצרים ויהודים. בימים שבהם היתה מצרים נתונה לשלטון הפאשות הטורקיות, אדגר סוארס, בן־דודם של האחים סוארס שהזכרנו זה עתה, איש כספים גדול כמותם, הקל את גורלם של אלפי פלאחים, שסייע להם, ביוזמה חקלאית גדולה, להיות עמוד 21 בעלי־קרקעות קטנים. כבעל המניות העיקרי בחברה הבריטית "New Egyptian Co Ltd", שמושבה היה בלונדון, השיג בשנת 1907 את העברתה למצרים. מטרת החברה היתה רכישת אדמות בור או בור למחצה, שאותן השביחה כדי למוכרן מחדש. נוסף על כך היתה חברה זו אחראית להגנת איים רבים לאורך הנילוס במצרים העליונה, מפני הסחף הנגרם משיטפונות רגילים ומפני ההרס שמחוללים שיטפונות כבדים במיוחד. אדגר סוארס הביא אפוא לכך שחברתו תרכוש שטחי קרקע נרחבים — כמה אלפי פדאנים — במצרים העליונה והתחתונה, דאג להשבחתם ולהשקייתם עד שיהיו ראויים לחקלאות אינטנסיבית. הוא מכר את האדמות בחלקות קטנות לפלאחים באזור, בתנאים טובים במיוחד: מחירים נמוכים מאוד והקלות בתשלום באשראי ארוך־טווח. מטרתו של אדגר סוארס בפעולה זו לא היתה בשום אופן רווחית; החברה הפיקה ממנה רווח צנוע מאוד בלבד; הוא ביקש לשחרר את הפלאח מחסותם של בעלי האחוזות הגדולים ולהוציאו מן העוני. וכך הצליח להיטיב עם אלפי פלאחים. משפחת קטאווי הקטאווי הראשון הידוע, יוסף בן יצחק סמברי קטאווי, חי במאה הי"ח. הוא מחבר היסטוריה של האנושות בשני כרכים. אחד מכתבי־היד שלו שמור בספריית אוקספורד ("Oxford library M.S. Heb. 2240"). הוא כתב גם בעברית כרוניקה של מצרים, משנת 540 ועד המאה הי"ט. בנו, יעקב קטאווי, מונה בידי החדיו עבאס הראשון ל־Surraf Général [הערה]. הוא מילא תפקיד זה בימי החדיו סעיד ובימי החדיו אסמאעיל. כאשר שרפה החריבה את ממגורת החיטה של הבירה, בימי החדיו אסמאעיל, הציל יעקב ביי את העיר ממחסור בחיטה ומזינוק במחירי הלחם בכך שהחרים מיד את כל החיטה שנמצאה אצל הטחנים, בטרם התפשטה הידיעה על השרפה. פעולה זו זיכתה את יעקב ביי בהעלאה לדרגת קצין גדול של מסדר העות'מאניה, העיטור הגבוה ביותר שהוענק לאישים שאינם בני המשפחה החדיווית. מואיז קטאווי פאשא היה בנקאי גדול ומנהל חברות. נוסף על כך היה נשיא פעיל מאוד של הקהילה הישראלית בקהיר. מתוך עניין רב בנוער, מימן הקמת בית־ספר למסחר ודאג לכך שלבוגרי בית־הספר יהיו כל האפשרויות להצלחה מקצועית. תלמידים מוכשרים יכלו להמשיך בלימודים, תמיד על חשבונו, ברפואה, באדריכלות או במשפטים. הוא תרם בנדיבות למפעלי פילנתרופיה עמוד 22 והיה אחד ממייסדי אגודת הסיוע הציבורי. יוסף אסלאן קטאווי פאשא היה מהנדס בוגר אקול סנטרל בפריז. לזכותו נזקפת הפיכת 12,000 ההקטרים של מדבר קומ־אומבו לאדמות פוריות. בשנת 1920 היה, יחד עם טלעת חרב פאשא ויוסף ציקורל, אחד ממייסדי בנק מיסר, שמימן יותר משלושים מפעלים תעשייתיים, מסחריים וחקלאיים. הוא היה חבר באספה המחוקקת משנת 1915 עד 1921, שנת פירוקה. המלך פואד הציבו בין שמונה־עשר האישים שנתמנו להעניק למצרים חוקה מודרנית. הוא התעקש על אימוץ זכות בחירה כללית והשיג את מבוקשו, אף שבתחילה תמך הרוב בשיטת הצבעה מרובה. בשנת 1923, בבחירות המחוקקות הראשונות שנערכו במצרים, יוסף אסלאן קטאווי פאשא נבחר מחדש ולאחר מכן שב ונבחר בקביעות. בשנת 1927 מונה לסנאטור, תפקיד שבו נשאר עד מותו בגיל 81. הוא היה נשיא ועדת הכספים בפרלמנט, ובשנת 1931 עמד בראש ועדת הכספים של הסנאט. בשנת 1924 נכנס לממשלה כשר האוצר, ובשנת 1925 היה שר התחבורה. בשנת 1929 עמד בראש המשלחת הפרלמנטרית המצרית לקונגרס הפרלמנטרי שהתכנס בריו דה ז'ניירו. בסנאט היה במרכזה של תקרית: סנאטור אחד דיבר בנאומו על היהודים בלשון פוגעת. קטאווי פאשא קם מיד כדי לעזוב את האולם לאות מחאה; כל עמיתיו קמו אז כדי לעכבו וביקשו מן הנואם לחזור בו מרמיזתו. והוא עשה כן. יוסף קטאווי פאשא היה גם היסטוריון; ספרו על תעלת סואץ הוא קלאסיקה בתחום. הוא ירש את מואיז קטאווי פאשא בנשיאות הקהילה הישראלית בקהיר, עד מותו בשנת 1942; הוא הותיר אחריו זכר של אזרח מצרי גדול, יהודי נאמן משרת ארצו, ונשיא מצוין של הקהילה היהודית החשובה ביותר בארץ. אדולף קטאווי ביי היה מקורב לנסיך פואד (לימים המלך). יחד ייסדו את האוניברסיטה המצרית ואת החברה המלכותית לגאוגרפיה. אסלאן קטאווי ביי, בנו הבכור של יוסף קטאווי פאשא, נכנס בשנת 1908 למינהל נכסי המדינה; בשנת 1931 הגיע לדרגת מנהל כללי של מינהל זה. לאחר פרישתו [נכנס] לסנאט ונבחר מחדש ללא הפסק בכל בתי המחוקקים עד ביטול הסנאט בידי נאצר בשנת 1953. הוא ישב במועצת המנהלים של תעלת סואץ ובזו של הבנק הלאומי, כנציג ממשלת מצרים. הוא היה גם חבר עמוד 23 במועצות המנהלים של כמה חברות תעשייתיות ופיננסיות והיה חבר מייסד של חברת הספנות: "Khedivial Mail". ראול קטאווי ביי, בנו השני של יוסף קטאווי פאשא, לאחר שלוש שנות שירות במשרד החקלאות, [עבר] להנהלת חברת בתי־הסוכר ובתי־הזיקוק של מצרים ושל חברת קומ־אומבו. כהיסטוריון כתב בצרפתית היסטוריה בארבעה כרכים של שלטון מוחמד עלי, מייסד השושלת המצרית. היה חבר בחברה להיסטוריה, חבר במכון וחבר בחברה המלכותית לחקלאות. נבחר לציר מטעם מחוז קומ־אומבו, ונבחר מחדש בכל בתי המחוקקים, עד ביטול בית הנבחרים בידי נאצר. היה חבר במועצת [?] המדינה וירש את אביו בנשיאות הקהילה הישראלית בקהיר. גברת יוסף קטאווי פאשא היתה הגברת הראשונה של הכבוד בחצר המלכותית במשך יותר משלושים שנה, לאורך כל שלטון פואד ופארוק, עד גירושיו של האחרון מן המלכה פארידה. משפחת מנשה הברון יעקב דה מנשה, נכבד מכובד בעיר אלכסנדריה, קיבל תואר אצולה מקיסר אוסטריה־הונגריה פרנץ יוזף, שהעניק לו את תואר הברון בעת ביקורו במצרים, לרגל חנוכת תעלת סואץ. הוא היה שותף ברוב החברות שייסדו הסוארסים והקטאווים. לזכותו נזקפים בתי־הספר, הידועים היטב לאוכלוסיית אלכסנדריה בשם "בתי־הספר החינמיים מנשה", שנודעו ברמתם הגבוהה. הוא גם הקים את בית־הכנסת הגדול ואת בית־החולים הישראלי הראשון ברובע מוהרם ביי; מפעלי הצדקה נהנו במידה רבה מתרומותיו. הבנים והנכדים המשיכו במפעל הפילנתרופי של אביהם וסבם ומימנו את הקמת בית־החולים הישראלי הגדול החדש בשדרות אבוקיר. הברון ז'אק ב' מנשה נבחר בשנת 1903 לנשיא הקהילה היהודית של אלכסנדריה. ה[ברון?] [הקריאה משובשת] הספרייה העירונית של אלכסנדריה היא תרומה של בנו של הברון אלפרד דה מנשה. משפחת מוסרי העקבות הראשונים של משפחת הבנקאים הזאת מגיעים לשנת 1750 עם הופעת נסים מוסרי. הבנק J. Mosseri & fils עתיד היה למלא תפקיד חשוב בהתפתחות החקלאית והפיננסית של הארץ. נסים יוסף מוסרי היה נשיא בית־הדין המעורב למסחר בקהיר; בנו, יוסף מוסרי, מונה שופט באותו בית־דין. ויקטור מ' מוסרי, אגרונום מפורסם, מונה בידי ממשלת מצרים למנהל לשכת האגרונומים עמוד 24 הוא תרם רבות לפיתוח חקלאות הכותנה ולהגנתה מפני המזיקים. אלי נ' מוסרי היה איש כספים גדול מאוד. חברות בע"מ ביקשו את השתתפותו במועצות המנהלים שלהן. הוא ארגן מחדש את חברת המלט של מצרים, שהיתה נתונה בשפל עמוק. משפחת רולו נכבדי אלכסנדריה. ראובן רולו השתתף, וכן שני בניו, סימון וג'אקומו, במפעלים משותפים עם סוארס וקטאווי: הבנק הלאומי, הקרדיט הפונסייה המצרי, בניית מסילת הברזל של חלואן. רוברט רולו, מנהל בבנק הלאומי של מצרים ובכמה חברות, קיבל תואר אצולה מן הממשלה הבריטית, והורשה להיקרא "סר". משפחת אדלה סבטו אדלה, הראשון מבני משפחה זו שזכה לתהילה, מונה בידי נפוליאון בונפרטה, בעת שזה כבש את מצרים, ליושב־ראש ועדה של שמונה חברים האחראים להתנהלות הקהילה היהודית כלפי צבא הכיבוש. אפרים אדלה, יליד 1858; בשנת 1877 נכנס לשירות המדינה ומונה למבקר במשרד האוצר. בנו אברם אדלה ביי בנה באלכסנדריה בית־חולים גדול לעיניים והעניקו לעירייה. אף באלכסנדריה הקים בית בינלאומי למנוחת קשישים ותרמו לעיר. ד"ר יצחק ג' לוי, מנהל מינהל הסטטיסטיקה והמזכיר הכללי של התאחדות התעשיינים, היה גם מנהל "La Revue contemporaine". היה לו חלק חשוב בהקמתן ובפיתוחן של תעשיות חדשות שחסרו לכלכלה המצרית. יוסף דה פיצ'וטו ביי, סנאטור ומומחה לכלכלה, היה חבר במועצת המנהלים של כמה חברות, וביניהן הבנק "Cassa di Sconto e di Risparmio". הוא פרסם מעת לעת בעיתון הערבי "AL-MOKATTAM" מחקרים כלכליים ופיננסיים מוערכים מאוד. מונה לסנאטור בידי המלך פואד, ושמר על מושבו בכל הבחירות שבאו לאחר מכן; היה סגן־נשיא הקהילה הישראלית באלכסנדריה, שלה הקדיש את מיטב זמנו. ויקטור הררי פאשא: מנהל מחלקת המסים במשרד האוצר, מנהל האוצר, המזכיר הכללי של המשלחת המצרית לקונגרס הפיננסי הבינלאומי בלונדון, משלחת שהונהגה בידי בלום פאשא, מנהל כללי במשרד האוצר, האחראי לרפורמה במשרד הווקף. בשנת 1899 מונה למנהל הכללי של החשבונות. כאשר פרש, נבחר כנציג הממשלה בבנק הלאומי ובבנק החקלאי, וכן כחבר המועצה העליונה של מסילות הברזל של המדינה. עמוד 29 אלכסנדריה: משנת 1802 עמדה בראש הקהילה היהודית שורה של רבנים ראשיים מפורסמים. ידידיה ישראל, בשנת 1802, הצטיין בחכמתו ובחסידותו. לאחר מותו נוסד מדרש ידידיה ישראל, שהתקיים עד 1915. שלמה חזן ירש אותו. הוא מחברם של כמה ספרים, שהחשוב בהם הוא "המעלות לשלמה", אנציקלופדיה קטנה של גדולי הרבנים וחיבוריהם. משה חזן, בנו, בקי מאוד בכל ענפי התרבות היהודית, כתב ספרים רבים על ההלכה וחיבורים פילוסופיים. נתן עמרם, מומחה גדול להלכה, לפילוסופיה ולרפואה, פרסם כמה ספרים, שהידוע בהם הוא "קניין הפירות", מדריך לרבנים הראשיים. משה פארדו, חכם נודע, כתב בין השאר את "הורה היכל בית דין", חיבור משפטי על גירושין. אליהו חזן, ממוצא ספרדי, הרב הראשי משנת 1888 עד 1908, היה צאצא של דון משה מתתיה חזן שחי בספרד בסביבות 1473, ואשר היה הראשון בשושלת ארוכה של חכמים. אליהו חזן היה במשך עשרים שנה סגן הרב הראשי של טריפולי. דיפלומט מוכשר, הפך את הרבנות הראשית של אלכסנדריה למוסד יעיל ומודרני. היה נשמתם של מפעלי הצדקה, מוסדות החינוך ובתי המחסה לזקנים או לילדים נזקקים באלכסנדריה. בין הספרים שפרסם ניתן להזכיר את "זכרון ירושלים" ואת "נוה שלום"; האחרון הוא חיבור יקר־ערך על המנהגים והמסורות של קהילת אלכסנדריה ומביא גם נוהל ברור שיש לנקוט בשפיטת גירושין. הוא גם מחבר "תעלומות לב", חיבור משפטי חשוב המגלה את מלוא רוחב תרבותו. יש להזכיר גם את הרב הראשי רפאל דלה פרגולה, איטלקי, סמכות דתית שאין עליה עוררין, ובולט בייחוד בהומניזם העמוק שלו. הרב הראשי פראטו, גם הוא ממוצא איטלקי, ירש אותו ועד מהרה עורר הערכה רבה והערצה חמה הן בקרב בני קהילתו והן במושבה האיטלקית הגדולה של אלכסנדריה. מצוין [?] [לא קריא] בשנת 1936 חזר לאיטליה כדי להתמנות לרב הראשי של רומא; באותה שנה התערב לטובת יהודי פולין, קורבנות אנטישמיות חריפה. בשנת 1938 העז לומר לצ'אנו, חתנו של מוסוליני ושר החוץ עמוד 30 האיטלקי: "מי שאוכל יהודים — מת מהם". הרב הראשי ונטורה, שבא מטורקיה, תפס את המקום שהתפנה עם עזיבתו של הרב הראשי פראטו. הוא הגיש עבודת דוקטורט על הפילוסוף המוסלמי בן המאה הי"ב, אבן אל־פארדי, ועל היהודי סעדיה גאון. הוא ייסד באלכסנדריה את בית־הספר מיימונידס, שהעניק בה במידה את הוראת העברית ואת הוראת הערבית. משנכנס לעימות עם מועצת הקהילה עזב את מצרים בשנת 1948, בראשית המלחמה עם ישראל, והתיישב בארץ זו. עזיבתו היתה אבדה רוחנית כבדה לקהילת אלכסנדריה. ממלא־מקומו, הרב אנג'ל, ירש אותו. ברבנות אלכסנדריה היו רבנים אחרים שזכו להערכה רבה. הרב אברהם אבלעזיז עזב את רבנות אלכסנדריה בשנת 1926 כדי לשבת בבית־הדין הרבני לערעורים בירושלים, שאליו נקרא בשל למדנותו העמוקה. הרב טולידאנו, שהיה ממלא־מקומו של הרב הראשי פראטו ושל הרב הראשי ונטורה, יצא לישראל בעת הקמת המדינה. שם היה חבר בממשלת בן־גוריון הראשונה כשר הדתות ונשאר בתפקיד עד מותו. הרב הראשי האחרון של קהיר, חיים דוויק, עזב את מצרים במרס 1972; אחרון בשורה ארוכה של מנהיגים רוחניים, סימלה עזיבתו את סופה של קהילה בת שלושת אלפים שנה. בתי־ספר ומפעלי סעד יהודיים במצרים הקהילות היהודיות של הערים הגדולות, קהיר ואלכסנדריה, הקימו מוסדות חינוך, בתי־חולים, מרפאות, מרכזי סיוע ומטבחים עממיים, פתוחים לכול, בלא הבדל לאום או דת. באלכסנדריה, ברחוב דה־פראנס, שירתה מרפאה את השכונות הערביות העממיות של גוריה ומנשייה. בית מחסה לילדים ערבים, יהודים ונוצרים בעלי מוגבלויות הוקם באלכסנדריה בידי התעשיין היהודי חיים דורה, בימים שבהם עבד אל־חאלק חסונה, שלימים מונה למזכיר הכללי של הליגה הערבית, היה מושל העיר. חיים דורה תרם גם לקרנות של מפעלי סעד אחרים יהודיים ולא־יהודיים; גם מפעלי "האחים המוסלמים" נהנו מנדיבותו. דבר זה לא מנע מ"האחים המוסלמים" לבזוז, בשנת 1946, את בית־הכנסת של שכונת מוהרם ביי. אלי פוליטי, מצדו, החזיק מטבח עממי חינם. עמוד 31 באלכסנדריה כבר היה בית־הספר החינמי מנשה לחינוך יסודי ותיכוני למספר גדול מאוד של תלמידים. בית־ספר חדש, שנקרא "האיחוד היהודי לחינוך יסודי ותיכוני", [שירת] מספר גדול מאוד של תלמידים. כמה שנים לאחר מכן הוכיח את איכות הוראתו באחוז הגבוה של תלמידיו בבחינות הבגרות. בקהיר היו לקהילה מפעלי סעד מן הראויים ביותר: "טיפת חלב" שייסד יצחק בנארויו. אלפי יתומים וילדים עניים חבים לבית־ספר זה שברובע היהודי בריאות, חינוך, ומכאן גם הצלחה חברתית. חברי מועצת הקהילה, שניהלה את ענייני הקהילה, נבחרו מדי שנה, בעיקר מתוך המעמד השליט (העשיר מאוד) ומתוך המשפחות הישנות שהתעשרו. לצד מועצת הקהילה פעלה מעין פרלמנט, או אספה לאומית, שבה נפגשו שלושת המעמדות. שם נדון כל מה שנגע, מקרוב או מרחוק, לאינטרסים החומריים או המוסריים של הקהילה ולניהולם; היתה זו מעין ערכאה עליונה, שדאגה גם להגן על הקהילה מפני כל שרירות־לב העלולה לפגוע בביטחון חבריה או בכבודם. לשכת "נבי דניאל", המסונפת לארגון האמריקני הגדול, מילאה תפקיד חשוב במצרים ערב מלחמת העולם הגדולה האחרונה, ופעלה במרץ בארגון החרם על המסחר הגרמני ובמאבק נגד התעמולה הנאצית. היתה זו גם לשכת "נבי דניאל" של אלכסנדריה שהקימה את בית־הספר של האיחוד היהודי כדי להוציא את נוערנו מהשפעת בתי־ספר כנסייתיים מסוימים ומפעילותם האנטישמית. יהודי, שהיה ראש ממשלתו של ח'ליף מרוקני, בנה בקהיר לתפארת האסלאם את המסגד המפורסם אל־אזהר. סופר יהודי מצרי בן־זמננו משתייך לשושלת הסופרים, המשוררים והפילוסופים היהודים של מצרים הערבית בימי הביניים: מוראד פרג' יצחק ביי (1867–1953), דמות בולטת ביהדות הקראית המצרית, שמשפחתו נמצאה במצרים לפחות כ־250 שנה. לאורך כל חייו הקדיש עצמו לפעילויות רבות בתחומי המשפט, הספרות — תיאטרון, שירה, רומן — והעיתונות. הוא היה עורך־הדין של נכסי החדיו עבאס חלמי, עד הדחתו של הלה בשנת 1914. משפטן מבריק, סייע לרב הראשי בן־סימון חי בהכנת הקוד הישראלי של המעמד האישי, קוד ששימש את בתי־המשפט החילוניים. הוא התאים אותו לשתי הקהילות היהודיות במצרים: הרבניים והקראים. עמוד 32 הוא כתב בערבית כמה ספרים בהשראה עברית, ובהם יש להזכיר: "שער אל־חדר" ("מעילו של אליהו"), בהשראת הספר העברי "אדרת אליהו"; "אל־קראון ואל־רבניון" ("קראים ורבניים"), "דיוואן מוראד" ("קובץ שירי מוראד") בשלושה כרכים; "מקלאת מוראד" ("מאמרי מוראד"); "אל־יהודי, מענא ועקידה" ("היהודי, משמעותו ואמונתו"); "ספר אל־תכווין" ("ספר היצירה"), שבו ביקש להבליט את הדמיון בין השפה העברית לשפה הערבית; "אל־יהודיה" ("היהודייה"), רומן. הוא מת כאשר הכרך השלישי של "מולטבא אל־לגתיין" (מילון עברי־ערבי) עדיין לא פורסם; פרסומו אף עוכב בשל הנסיבות המדיניות, שלא היו נוחות באותה תקופה (1955) להופעת ספר יהודי־ערבי. מוראד פרג' יצחק ביי פרסם במשך שנים רבות כתב־עת שבועי, "אל־תהד'יב", שנוסד בשנת 1901. הוא היה גם, בשנת 1900, אחד המייסדים העיקריים של בית־הספר היהודי הקראי, שבו לימדו ערבית, עברית ואנגלית. בית־ספר זה הוחרם והועמד תחת אפוטרופסות בשנת 1956. עולם הבמה הטרגיקונית האמיתית הראשונה של התיאטרון המצרי המודרני היא בוודאי אמילי דיין, ששיחקה לצדו של השחקן המפורסם השייח' סלאמה חג'אזי. [?] מוראד היה זמר נודע, מלחין ומורה למוזיקה; רבים מתלמידיו התפרסמו, ובתו, ליילא מוראד, אמנית מלידה, זמרת ושחקנית מוכשרת. היא החלה בצעירותה כשותפתו של מוחמד עבד אל־והאב, שחקן, זמר ומוזיקאי מפורסם. דוד חיים לוי (הידוע בשם "דאוד חוסני"), זמר, ובעיקר מלחין, שעסק בכל הסוגות: קלאסית, אופרות, אופרטות, שירים עממיים; הוא העשיר את המוזיקה הערבית בכמאה יצירות שבוצעו בידי כל גדולי תקופתו ואף לאחר מותו: עבדו אל־חמולי ושותפתו אלמז, ליילא מוראד ואום כולתום, שהיה מורהּ. היצירות הידועות ביותר הן האופרטות "אסיר אל־הוב" ("אסיר האהבה"), "אל־הוב סולטאנו קאסי" ("אהבה, תשוקה מכאיבה"), "אחכי למין אלבי משאלה" ("למי אתאונן, לבי תפוס"), "סבאח" ("השחר"). דאוד חוסני היה אחד מן האישים הראשונים שנבחרו למכון למוזיקה מזרחית. עמוד 33 בתחום הקולנוע, לטוגו מזרחי שמורה הזכות שהכניס את האמנות השביעית למצרים. הוא עצמו הפיק סרטים רבים שסבבו את העולם הערבי. הספורט הספורט היהודי המצרי זכה להגנה מבריקה בידי יהודים בתחרויות לאומיות ובינלאומיות. במשחקים האולימפיים של 1928, מתוך שמונה סייפים שנשלחו מטעם מצרים למשחקים האולימפיים, חמישה היו יהודים (ובהם הקפטן); שלושה הגיעו לשלבי ההדחה לקראת הגמר, בעוד שהקפטן (סלבטור ציקורל) הביא בגמר כבוד לצבעי מצרים. קבוצת הכדורסל מכבי היתה אלופת מצרים כמה שנים ברציפות; מיטב שחקניה נבחרו לנבחרת המצרית כדי להשתתף בתחרויות בינלאומיות. הם אספו מספר מרשים של גביעים. בטניס ייצגו גאפר וכהן את מצרים בטורנירים בינלאומיים וזכו בכמה גביעים. יצחק עמיאל וסולוניכיו, לבסוף, היו אלופי מצרים באגרוף. קבוצות הצופים מכבי והכוח בקהיר ובאלכסנדריה, מכבי וחשמונאים, בלטו בין הקבוצות המצריות. במצרים היו ארבעה מועדוני ספורט יהודיים: שניים בקהיר, אחד בהליופוליס ואחד באלכסנדריה. יצחק עמיאל, מתאגרף, היה גם ציוני נלהב ומפעיל הפעילות הספורטיבית והצופית היהודית בקהיר. ביוזמתו נשלחו קבוצות של ספורטאים יהודים למכביות בפלשתינה. המועדונים היהודיים לא היו בלעדיים; מצרים שביקשו להצטרף התקבלו וקיימו יחסים לבביים לחלוטין עם חבריהם היהודים. כך היה שהלמי, אלוף מצרים בהיאבקות ובמשקולות, היה חלק מן המשלחת היהודית למכביות בפלשתינה. התקופה היפה ביותר של הספורט היהודי במצרים היתה בין סוף מלחמת העולם הראשונה לבין מלחמת 1948 נגד ישראל. ז'אק גוהר, "מפקח" הספורט במצרים, שמונה לתפקיד בידי המלך, ונשאר בתפקידו גם בידי פארוק. עמוד 36 טהא חוסיין. לבסוף, בקהיר יצאו השבועונים בצרפתית "L'aurore", "Israël" ו-"La Voix juive"; רביעי, "La Tribune juive", יצא באלכסנדריה, בעריכת ז'אק רבין, שלימים היה העורך הראשי של Journal d'Israël בתל אביב. שבועון חמישי, "Al Chams", יצא בקהיר בערבית. כל עורכי הפרסומים הללו היו חדורים רגשות ציוניים וביקשו לשרת את ענייני קהילתם, ובו בזמן תמכו בתביעות המצריות לעצמאות. גם כאן ניתן לראות את מקומה המועדף של הלשון הצרפתית כלשון התקשורת של היהודים. לאחר אמצעי הגירוש נגד יהודי מצרים נעלמו פרסומים אלה. הם הגנו באומץ על שתי המטרות, היהודית והמצרית. אלברט שטרן, עורך המהדורה האלכסנדרונית של La Bourse Egyptienne, נעצר [?] לפני 1948. הוא היה נשיא הארגון הציוני הרוויזיוניסטי של קהיר וידיד אישי של זדובסקי, שהוא עצמו הואשם כי החביא את שני הצעירים היהודים הפלשתינים שרצחו את לורד מוין. החקירה הורחבה לכל חברי הארגון הזה בקהיר ובאלכסנדריה. מר בנזקן, שהיה נשיאו באלכסנדריה, נחקר במשך זמן רב. זדובסקי, שנעצר בשעה שהניח פרחים על קבר הרוצחים של לורד מוין, התאבד בתאו, לאחר שלא יכול היה עוד לשאת את ההתעללות שלה היה נתון. יהודי מצרים ומלחמת העולם הראשונה. השתתפותם במערכת הדרדנלים בשנת 1916 הגיע למצרים ג'יימס דה רוטשילד מלונדון, לבוש מדי מייג'ור בצבא הבריטי, בחברת ז'בוטינסקי וקצין צרפתי; הם פעלו בקרב היהודים הפלשתינים הפליטים במצרים כדי לגייס מתנדבים ל-"Zion Mules Corps" שהיה בהקמה. כמה צעירים יהודים ממצרים התנדבו ליחידה זו ששולבה בצבא הבריטי. מפקדי הגדוד, שהיה כפוף לפיקודו של קולונל בריטי, היו ז'בוטינסקי וטרומפלדור. כמה מתנדבים ממצרים נפלו במילוי משימתם בדרדנלים. עמוד 37 הליגה הבינלאומית נגד גזענות ואנטישמיות (LICA) במצרים הולדת ה-LICA. בשנת 1933, רציחתו בפריז של מזכיר בשגרירות גרמניה בידי הצעיר היהודי גרינשפן, שביקש בכך למחות על הרדיפות שפגעו במשפחתו בגרמניה הנאצית, עוררה בארץ זו שורה של פעולות־תגמול אלימות נגד היהודים; היה זה "ליל הבדולח", שבמהלכו רצחו הנאצים יהודים, הרסו חנויותיהם והציתו בתי־כנסת. מועצת הקהילה היהודית ביקשה את הגנתו של גרינג, שהיה אז שר הפנים. תשובתו של גרינג היתה מתקפה חריפה נגד היהודים, שבה הצדיק ואישר את הרציחות ואת ההרס שביצעו הנאצים. במצרים הביעה העיתונות את זעמה ואת מחאתה. במצרים הביעה העיתונות את זעמה בקולותיהם של אישים מצרים וזרים, ובהם בלט הפילוסוף והסופר טהא חוסיין. במרפסת בניין באחת השדרות הראשיות של קהיר נפרש שלט גדול ועליו הכתובת: "האנטישמיות היא חרפת האנושות". בנסיבות אלה נולדה במצרים, כמו בארצות רבות אחרות, ה-LICA, ביוזמת לאון קסטרו. ה-LICA פתחה את פעולתה במשפט מהדהד שהגישה לפני בתי־הדין המעורבים בקהיר נגד המועדון הגרמני בעיר, אשר הפיץ חוברת אנטישמית; במשפט זה התמודדו לאון קסטרו ועורך־הדין הנאצי הידוע גרום, שנשלח במיוחד מגרמניה. מטרתה האמיתית של פעולה משפטית זו היתה למשוך את תשומת־לב הציבור לנאצים, והיא הושגה במלואה. משנת 1933 ועד הכרזת המלחמה בשנת 1939 התחולל מאבק חסר רחמים בין ה-LICA לנאצים. כלי נשקם לא היו שווים: אמצעי ה-LICA לא יכלו להשתוות לאלה של הנאצים שנתמכו בידי ברלין. ואף־על־פי־כן היתה פעולת ה-LICA יעילה להפליא. במאבק זה נשארו השלטונות המצריים ניטרליים, בעוד התעמולה ותעמולת־הנגד קיבלו ממדים שלא נודעו קודם לכן. משרד תעמולה נאצי הוקם בקהיר, מאויש בפקידים שנשלחו מברלין בידי גבלס. עיתונים ערביים מסוימים, מושחתים, החלו לפרסם את המאמרים האנטי־יהודיים שנמסרו להם. הנאצים פעלו כדי לגייס גם סטודנטים. מיקומה של מצרים, במרכז העולם הערבי, איפשר לתעמולה זו להדהד ולהתפשט בכל הארצות הערביות. עמוד 38 ה-LICA פרשה את פעילותה בכמה כיוונים: 1. חרם על סחורות ועל סרטים גרמניים של UFA. 2. הכוונת הפרסום המסחרי של בתי־מסחר יהודיים לעיתונים שלא פרסמו תעמולה נאצית. 3. שירות מודיעין שאיפשר לסוכני ה-LICA לאתר ולהכשיל את תמרוני האויב, גם כאשר נשמרו בסוד כבד. 4. הקמת שירות תעמולה מפה לאוזן; 5. קשר עם שגרירויות אנגליה, צרפת וארצות־הברית. רפאל סאקט היה המזכיר הכללי, ופעילותו ומסירותו למטרה היו ראויות להערצה. מאבק מחתרתי זה עתיד היה להימשך עד פרוץ מלחמת העולם השנייה ועד כניסת איטליה למלחמה. כלי המאבק של ה-LICA: כאשר בשנת 1938 הגיעה התעמולה האנטישמית הנאצית לשיאה. אז הוקמה "ועדת ערנות" שייצגה את כל האגודות היהודיות וכן את מועצת הקהילה. א) החרם: החרם על המוצרים הגרמניים לא היה רק מעשה של יהודי מצרים אלא תנועה עולמית, שננקטה בכל מקום שבו התקיימה קהילה יהודית. מאחר שהחרם גרם לירידה ניכרת בייצוא הגרמני, הוציאו הגרמנים את הנציגויות המסחריות הגרמניות מידיהם של הסוכנים היהודים, שהיו רבים באותה תקופה, ונקטו מדיניות דמפינג, כלומר הציעו את סחורותיהם במחירים תחרותיים בהרבה. הציבור היהודי בכללו נמנע מרכישת מוצרים גרמניים בחנויות, עד כדי כך שהתו "made in Germany" נעלם ממוצרים רבים כדי להטעות את הקונים. החרם על הסרטים הגרמניים הצליח לחלוטין. כמה סוחרים יהודים הטילו על עצמם קורבנות בכך שנמנעו מייבוא או ממכירת מוצרים גרמניים. המשרד הנאצי הוציא שבועון בצרפתית, "Le Proche Orient", בעריכת עיתונאי סורי, אנטישמי מובהק, וגם השבועון הוחרם בידי הקוראים היהודים. ב) פעולות יחיד: ג) איטליה והמלחמה ד) ה-LICA פונה לעזרת המעצמות הדמוקרטיות. עמוד 39 פעולת ה-LICA בעת ביקור גבלס במצרים בשנת 1939 ערך גבלס, שר התעמולה של היטלר, ביקור קצר במצרים. ביום הגעתו נשא דברים בבית־הספר הגרמני, באספה שהיתה שמורה אך ורק לעובדי השגרירות, לחברי המועדון הגרמני ולחברי המועדון הרוסי הלבן, כולם אנטישמים ידועים. הכניסה היתה מבוקרת בקפדנות; אחד מחברי ה-LICA עמד ליד בית־הספר ורשם את מספרי המכוניות שהביאו את האורחים, דבר שאיפשר לגלות אחר־כך, ובעזרת שירותי הרישוי הרשמיים, את שמות שומעיו של גבלס; אולם החשוב מכל היה שהצלחנו להחדיר לאספה זו אחד מן המודיעים שלנו. וכך הצליח מודיע של ה-LICA להיות נוכח באותה אספה: ה-LICA כבר השתילה במועדון הרוסי הלבן מהנדס יהודי רוסי לבן, ששמו ושם משפחתו לא נשאו שום צליל יהודי; משימתו היתה לעקוב אחר מה שנרקם אצל האנטישמים של המועדון ובקרב ידידיהם הנאצים. הוא נכח באספה, והביא במלואו את נאומו הסודי של גבלס. בנאומו קרא גבלס לשיתוף־פעולה מצד הנוכחים; הוא גם שיבח את המדיניות ההיטלראית והמליץ על הפצת האנטישמיות והחתרנות האנטי־בריטית כאמצעים לתרום להשתרשות הנאציזם במצרים ובמזרח הקרוב. דו"ח על נאום זה נשלח, כמובן, לשלטונות המצריים ול שגרירות בריטניה הגדולה, שהביעו ל-LICA את תודתם על עבודה זו. הודות לרשימת הנאצים שנכחו באספה, התברר הדבר כמועיל לשלטונות, שיכלו מעתה לעקוב אחריהם ולעצור, כבר בימים הראשונים של מעשי האיבה בשנת 1939, את אלה שטרם עזבו את מצרים, אף שקיבלו אזהרה מן הקונסוליה שלהם בדבר הדחיפות לעזוב. סר וולטר סמארט: שהיה לו חלק גדול בהקמת הליגה הערבית. המאבק היהודי־ערבי בפלשתינה והשלכותיו על יהודי מצרים התנועה הלאומית נאבקה בכיבוש הבריטי במצרים בעוז לכל אורך התקופה שבין שתי מלחמות העולם. מצרים הציעה קרקע נוחה לתעמולה האנטי־יהודית והאנטי־בריטית של הנאצים. המצרים הביטו באהדה בכל מה שהוצג כאנטי־בריטי; נטייה אוהדת לגרמניה התפתחה במצרים בתקופה זו. שנות העשרים ראו את התפתחות המאבק בין יהודים לערבים. בתחילה חשו המצרים סולידריות עם בני דתם הפלשתינים, אולם סולידריות ערבית זו נשאה אופי עמוד 40 רגשי בעיקרו ולא היה בה משום עוינות כלשהי כלפי יהודי הארץ. כלפי יהודי פלשתינה היו המצרים חצויים בין רגשות מנוגדים; הסולידריות עם הערבים של פלשתינה וההערצה להתנגדות היהודית, שהשיבה לאנגלים מכה תחת מכה; משום כך שני הצעירים היהודים הפלשתינים, רוצחיו של לורד מוין, נהנו מהבנתה ומאהדתה של האוכלוסייה המצרית, שראתה בהם גיבורים; בתי־המשפט המצריים אף לא היו דנים אותם למוות אלמלא היתה זו רצונה המפורש של אנגליה. חיבורם של שני רגשות אלה (הרגש הלאומי ואירועי פלשתינה) עשה את הציבור המצרי פתוח במיוחד לתעמולה הנאצית, שידעה לנצל היטב את הטיעונים האנטישמיים והאנטי־בריטיים. עם פרוץ המלחמה של 1939–1945 הושתקה התעמולה הנאצית בתוך מצרים; הגרמנים שלא הצליחו לעזוב את הארץ לפני מעשי האיבה נעצרו ונכלאו. אולם רדיו ברלין לא חדל מתעמולתו, שזרעה שנאה נגד הבריטים והיהודים; עם זאת, תקופת המלחמה הזאת הביאה להפוגה במאבק בין יהודים לערבים בפלשתינה, אולם אלה ואלה היו משוכנעים כי גורלם תלוי בתוצאות המלחמה העולמית. בהשפעת הסיסמאות ששידר רדיו ברלין נשארה שנאת המצרים לאנגליה עזָה כשהיתה לפני המלחמה, והם קיוו בכל ליבם לתבוסתה של בריטניה הגדולה בידי גרמניה. רגש זה היה נפוץ יותר בשכבות העממיות מאשר במעמד השליט, אשר ברובו תמך דווקא בבעלות־הברית, בעוד המלך פארוק הפגין בגלוי את אהדתו לגרמניה, וב־16 במאי 1941 ניסתה קבוצה קטנה של קצינים בהנהגת הגנרל עזיז אל־מסרי להגיע אל הכוחות האיטלקיים־גרמניים, שהגיעו עד אל־עלמיין, בשערי מצרים, בעוד שבעיראק, המרד נגד אנגליה בהנהגת רשיד עלי אל־כילאני דוכא במהירות. באופן פרדוקסלי העניקה מלחמת המדבר תנופה גדולה להתפתחות החקלאית והתעשייתית של מצרים ושל פלשתינה, כדי לענות על צורכי הצבא הגדול שעמד מול הכוחות האיטלקיים־גרמניים. משום כך ישבו ערביי פלשתינה בהמתנה, ציפו לסיום המלחמה, ונהנו מן השגשוג הכלכלי הזמני, ונשארו שקטים, בעוד מנהיגם המופתי חאג' אמין אל־חוסייני, שתלה את תקוותו בניצחון הגרמני, מצא מקלט בברלין. מצב זה הביא לרגיעה במאבק בין יהודים לערבים בפלשתינה עד תום המלחמה. עמוד 41 עם תום המלחמה נכנס מאבק הלאומנים המצרים נגד הבריטים לשלב חדש, חריף יותר: האוכלוסייה ומנהיגיה היו הפעם מאוחדים, ועימותים העמידו את המשטרה המצרית מול הכוחות הבריטיים, בעוד לוחמי גרילה, בהשראת שיטת "פעולות הפשיטה" של יהודי פלשתינה נגד מטרות אנגליות, תקפו את הבסיסים הבריטיים באזור תעלת סואץ. האנגלים מצדם, שנאבקו ביהודי פלשתינה, העלו בדעתם להסיט את תשומת־לב המצרים באמצעות ניצול רגש הסולידריות שלהם עם ערביי פלשתינה. כך ראו במצרים את כל נושאי התעמולה האנטישמית הנאצית מאומצים מחדש; בהבדל זה בלבד, שמעתה התמקדה התעמולה באירועי פלשתינה. מסע זה, שנוהל בידי פקידי השגרירות הבריטית בקהיר, לא איחר לשאת פרי. ב־2 בנובמבר 1945, יום השנה להצהרת בלפור, נערכו הפגנות עממיות שהידרדרו למהומות; בתי־כנסת וחנויות של יהודים נהרסו. מפלגת "האחים המוסלמים", שנהנתה מתמיכה רחבה בחוגים העממיים, והליגה הערבית, הדגישו את הסולידריות עם הערבים המוסלמים של פלשתינה. מסע זה, שאומץ בידי העיתונות, נתמך בדרשות במסגדים, והושמע בידי המסיתים, הלהיב המון שאיבד כל חוש ביקורת, ועתיד היה מעתה לערבב בין האינטרסים של ארצו לבין אלה של ערביי פלשתינה. מכאן ואילך נעשה האיום שריחף על יהדות מצרים ברור יותר, והעוינות כלפי הקהילה היהודית הלכה וגברה; קהילה זו עתידה היתה לגסוס עוד זמן רב בקצב של בחירות מכל סוג, כליאה, העמדה תחת אפוטרופסות, החרמות רכוש, עד שהגיעה לגירוש. עם זאת יש להכיר בכך שבניגוד למה שאירע בארצות ערביות אחרות, לא נפגעו חיי היהודים, למעט כמה קורבנות שנהרגו בידי המשטרה בעת המהומות. לבסוף עולה מן המצב הזה כי מצרים התרוקנה מ־85,000 יהודיה, למעט מספר זעום של אנשים קשישים שלא יאריכו עוד ימים. מספר היהודים שגורשו ממצרים ומשאר ארצות ערב, שגורלם לא היה טוב יותר, שווה, אם לא גדול, ממספר הפליטים הפלשתינים של 1948; בהבדל שהפליטים היהודים נקלטו ברובם בישראל, דבר שהוא למעשה חילופי אוכלוסין, כפי שאירע במלחמות רבות באירופה ובאסיה. אך הארצות הערביות עשו מצדן הכול כדי למנוע את אפשרות קליטת הפליטים הפלשתינים בארצותיהן, אך ורק כדי לנצלם מבחינה פוליטית נגד ישראל, בלא כל התחשבות בחייהם האומללים במחנות סביב ישראל. עמוד 42 מצרים והתכנית להקמת מדינה דו־לאומית בפלשתינה עוד לפני ייסוד מדינת ישראל, אנשי מדינה משפיעים רבים, הן במסגרת חבר הלאומים והאו"ם והן במסגרות אחרות, [דנו] באפשרות לפתור את הבעיה היהודית־ ערבית בפלשתינה באמצעות יצירת מדינה דו־לאומית; עמדות אלה נדחו תמיד בידי המנהיגים הפלשתינים עצמם, ובייחוד המופתי של ירושלים, חאג' אמין אל־חוסייני. בשנת 1947 הטיל נוקראשי פאשא, ראש ממשלת מצרים, על הסנאטור היהודי אסלאן קטאווי ביי, אנטישמי ידוע, לנסוע לפלשתינה וליצור קשר עם מנהיגי הסוכנות היהודית, ובעיקר בן־גוריון. אולם המליץ לו תחילה לשוחח עם עבד אל־רחמן עזאם פאשא, המזכיר הכללי של הליגה הערבית, כדי להבין היטב את התפיסה הערבית של הבעיה ולקבוע עמו את ההצעות שיוגשו לסוכנות היהודית (זכרו את הפרטים הללו מפי אסלאן קטאווי עצמו — מוריס מזרחי). אם נכשל אסלאן קטאווי בשליחותו, הרי זה מן הטעם הפשוט שהסתפק בהיותו דוברה של התזה הערבית, שהציעה הקמת מדינה דו־לאומית בפלשתינה, המבוססת על שוויון בין האוכלוסייה הערבית והיהודית, על חלוקה שווה של הסמכויות בין שתי הקהילות ועל הצטרפות המדינה החדשה לליגה הערבית. הצעה זו נדחתה בידי הסוכנות היהודית: פירושה היה, בפשטות, טביעתו של החלום היהודי הישן בים ערבי ולידתו של לבנון שני; במדינה כזאת היו היהודים נעשים במהירות למיעוט, והארץ, בדומה לכל חברות הליגה הערבית, היתה מקבלת אופי ערבי במהותו. נוקראשי פאשא, מנהיג ופדי פורש (ראש הממשלה), יצר קשר בדצמבר 1947 עם עורך־הדין היהודי האלכסנדרוני פליקס בנזקן, שהיה ידוע כלאומן מצרי וכציוני. נוקראשי פאשא הציע לו להקים ועדה מייצגת של הקהילות היהודיות במצרים ולנסוע לארצות־הברית כדי לדון עם מנהיגי היהדות האמריקנית באפשרויות להקים בפלשתינה מדינה פדרלית יהודית־ערבית. אולם מנהיגי הקהילות של אלכסנדריה וקהיר סברו שמוטב ליהדות המצרית שלא להתערב בעניין זה. ברור שהסוכנות היהודית לא יכלה בשום פנים לחזור בה מעקרון הקמתה של מדינה יהודית עצמאית. האם ניתן היה לשכוח את גורל המיעוטים בארצות ערב? צריך לדמות מה יכול היה להיות גורל היהודים במדינה פלשתינית בעלת רוב ערבי, הסולידרית עם כל המדינות הערביות השכנות: הם היו חולקים את גורל הכורדים בעיראק, את גורל הנוצרים עמוד 43 בסודאן, בניגריה, או פשוט את גורל היהודים, מיעוט נרדף בארצות רבות: לבנון, קפריסין, אירלנד ... אף־על־פי־כן עשו המנהיגים הציונים ויתור רב־משמעות, שאילו לא נדחה בידי המנהיגים הערבים־הפלשתינים, יכול היה לשנות לחלוטין את נתוני הבעיה ולהפוך את מהלך התפתחותה. ויתור זה היה קבלת חלוקת פלשתינה לשתי מדינות עצמאיות, ערבית ויהודית, תכנית שאומצה לאחר מכן בהצבעת העצרת הכללית של האו"ם מ־29 בנובמבר 1947. הצבא המצרי נכנס לסכסוך נגד ישראל בשנת 1948 בפקודה אישית של פארוק ומבלי שנודע הדבר לנוקראשי פאשא, ראש הממשלה. המלך פארוק זימן את חיידר פאשא, שר המלחמה, והורה לו לפלוש לישראל ביום הכרזת המדינה. חיידר פאשא השיב כי הצבא אינו מוכן וכי מסוכן יהיה להשליכו להרפתקה זו במצב חוסר־המוכנות הנוכחי. המלך הזועם גער בו בגסות, דרש ממנו להתפטר אם אין בו האומץ להיכנס לקרב; על כך השיב השר כי כחייל הוא מציית לפקודות הוד מלכותו, אך שהוא מסיר מעליו כל אחריות אם חייליו יובסו בידי הישראלים. אזרחות מצרית ואפליה עד שנת 1926 רק המוסלמי, אפילו זר בארץ, נרשם כמצרי. נוצרי נרשם בפנקס הלידות כבעל "אזרחות נוצרית", יהודי כבעל "אזרחות יהודית". החוקים של 1926 ושל 1929 באו לשים קץ למצב זה. כל מי שיכול היה להביא הוכחה שנולד במחוז של האימפריה העות'מאנית, כפי שהוגדרו גבולותיה לפני מלחמת העולם הראשונה; הוכחה זו, למעשה, ניתנה רק בידי מי שהחזיקו תעודת לידה טורקית ("נופוס"); וכך היהודים והנוצרים שבאו מאחת מארצות המזרח הקרוב — סוריה, עיראק, לבנון — נחשבו על סמך תעודת לידתם למצרים. מצרים היתה, מבחינה חוקית ומשפטית, חלק מן האימפריה העות'מאנית עד סוף מלחמת העולם הראשונה; אולם הלא־מוסלמים שנולדו במצרים ושאבות־אבותיהם נולדו בארץ זו נדרשו להוכיח שלא החזיקו בשום אזרחות זרה מאז 1848, הוכחה שכמובן כמעט בלתי־אפשרי היה לספק. רובם הגדול של היהודים שנולדו במצרים ושמשפחותיהם חיו שם מאות שנים, מצאו עצמם כך נטולי כל אזרחות ומצומצמים למעמד חסרי־אזרחות. חלק מהם הצליחו לפתור את הבעיה על־ידי רכישת אזרחות זרה בדרכים שונות, עמוד 44 אזרחות זרה. רבים קיבלו אזרחות איטלקית; הם לא יכלו להוכיח לידה באיטליה, אך הצהירו שהם בני ליבורנו; ארכיוני ליבורנו נחרבו, כמה שנים קודם לכן, בשרפה, ולכן לא ניתן היה להעלות שום טענה נגד תקפות נאמנותם האיטלקית. גם הלא־מוסלמים נשללו מן הזכות לעבוד במגזרים השונים של שירותי המדינה, בחברות של המשפט הציבורי ובמגזר הפרטי; משרות מסוימות נשמרו בלעדית לבעלי האזרחות המצרית או לאנשים שהוכרו כמצרים; לעיתים הספיק שם בעל צליל ערבי כדי להיחשב אוטומטית מצרי. כאשר עלה נגיב לשלטון, עשה כמה ניסיונות לשנות את המצב; מספר קטן של יהודים הצליחו לקבל את האזרחות המצרית. אולם משסולק נגיב מן השלטון, החליף נאצר את התקווה הצעירה; בעיניו מצרי לא יכול היה להיות אלא מוסלמי. הקופטים, המהווים בכל זאת את היסוד הילידי היחיד של האוכלוסייה המצרית והם צאצאיהם האמיתיים של המצרים הקדמונים, נחשבו אף־על־פי־כן לאזרחים ממדרגה שנייה; קורבנות של נומרוס קלאוזוס נוקשה, מספר רב של משרות נותר סגור בפניהם בשירות הציבורי או במפעלים פרטיים; בתוך הממשלה, לבסוף, לא יכלו להיות מיוצגים אלא בידי שר אחד ויחיד. כליאה, גירושים, אשרות יציאה בכל אחת משלוש המלחמות הישראליות־ערביות, בשנת 1948, בשנת 1956 ובשנת 1967, נקטה המשטרה המיוחדת המצרית מעצרים וכליאה של יהודים רבים, בהסתמכה על רשימות שהוכנו מראש; רכוש העצורים הועמד תחת אפוטרופסות. בשנת 1948, תחת שלטון פארוק, העצורים היו בעיקר צעירים, פעילים ציונים וחברי ארגונים יהודיים פרו־ציוניים. שלושה חודשים לאחר מכן שוחררו רובם, והאפוטרופסויות בוטלו; לעומת זאת, בשנת 1956 ובשנת 1967 תחת נאצר, הלכה הדיכוי והחריף. המעצרים נעשו רבים יותר, בייחוד בקרב היהודים האמידים: נכבדים, תעשיינים, סוחרים גדולים, בנקאים, בעלי אחוזות, ואף שרובם היו חברי חוגים או מועדונים של המעמד העליון, מצריים או קוסמופוליטיים, א־פוליטיים ומעולם לא עסקו בפעילות ציונית; הם פשוט היו ידועים בעושרם. ומעצריהם, שבאו בעקבותיהם העמדת רכוש תחת אפוטרופסות, משמעותם היתה חורבנם, שכן שלטונות המס והאפוטרופוס דאגו לנשלם לחלוטין.

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